Bas les pattes Monsieur Hérisson !

Le 2 novembre dernier, nous a été déposé le hérisson n°17/4566, par un découvreur anonyme. Il s’agissait d’un individu très jeune puisqu’il pesait à peine 150g : à ce stade, la troisième génération de piquants ainsi que les premières incisives sont apparues, ce qui nous a permis d’estimer son âge à un mois environ. Les naissances à l’automne sont surprenantes mais régulières : si les femelles ont pu mettre bas suffisamment tôt au printemps, il arrive qu’elles enchaînent avec une deuxième gestation à l’entrée de l’automne. Pour ces petits nés dans des conditions météorologiques moins favorables, une course contre la montre s’installe puisqu’il leur faut grandir et acquérir suffisamment de graisse brune pour pouvoir hiberner. La nature est bien faite puisque ces jeunes ont une croissance plus rapide que leurs frères nés au printemps : néanmoins, tous les ans, nous aidons un certain nombre d’entre eux à passer l’hiver.

A l’examen clinique d’entrée, tout va bien hormis quelques puces qui s’activent entre les piquants. Il est installé au chaud car les très jeunes hérissons ne sont pas capables de conserver leur température par eux-mêmes. Il reçoit plusieurs fois par jour une alimentation composée de lait pour jeunes carnivores associé à de la pâtée pour chat. Pour éviter des désordres dans son développement comportemental, il est placé avec un individu de même gabarit.

Le 6 décembre, on nous signale qu’il refuse de s’alimenter et que lorsqu’il se met en boule, il ne rentre pas bien ses postérieurs. Un examen sous anesthésie est réalisé de manière à mieux observer ses membres : des croûtes très importantes sont présentes sur ses deux pieds, et l’on suspecte un début de nécrose ! Bagarre avec son congénère ? Mais ça ne ressemble pas à des morsures. Une striction avec les fils de la serviette qui est placée au-dessus de la cage ? Celle-ci semble intacte. Les gamelles qui lui ont coincé les deux pattes ? Cela semble peu probable. Nous ne saurons jamais vraiment ce qui est à l’origine du problème, mais il faut agir. Il est isolé dans une cage et placé sur polaire pour mieux absorber les déjections et éviter la macération des plaies. La fâcheuse habitude qu’ont les hérissons de se rouler en boule complique notre action car faire des soins locaux est impossible sans anesthésie et il est impossible de l’anesthésier tous les jours. Il reçoit des antibiotiques ainsi que des anti-inflammatoires pour gérer sa douleur.

Le 12 décembre, des croûtes très épaisses se sont formées en gaine autour des pattes (photo 1). Après nettoyage, c’est très propre et les plaies se sont bien réduites (photo 2). Les pattes sont sauvées !

Photo 2 : Aspect des plaies après retrait des croûtes

Photo 1 : Aspect des plaies avant retrait des croûtes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 3 : Aspect des pattes après 15 jours de soins

Au contrôle du 20 décembre, la peau est parfaitement saine (photo 3). Le hérisson ayant atteint par ailleurs le poids de 500g, il est temps pour lui d’être transféré en phase de réhabilitation, dans les clapiers, où il pourra hiberner s’il le souhaite. En effet, tout est fait sur place pour simplifier la vie des pensionnaires : dans cette zone à l’abri du vent, des clapiers individuels sont garnis de foin et de feuilles pour permettre au hérisson de construire son nid isolant du froid, et des gamelles d’eau et de nourriture sont laissées à disposition (photo 4). Ainsi, le hérisson peut se laisser aller à hiberner, sa température corporelle pouvant alors descendre en dessous de 10°C et ses fréquences cardiaque et respiratoire jusqu’à quelques mouvements par minute. Les réveils spontanés pour manger et déféquer ne sont plus un problème car le fait d’avoir tout sur place lui évite de dépenser trop d’énergie.

 

Photo 4 : Clapiers d’hibernation

Le suivi de ces animaux est très important car au total une centaine d’animaux passera ainsi l’hiver au Cedaf. Cette phase de leur vie étant relativement peu étudiée, ce nombre élevé d’animaux va nous permettre d’évaluer l’influence de l’âge et du sexe sur la profondeur de l’hibernation et la fréquence des réveils ; cela constituera le sujet de la thèse vétérinaire d’une étudiante bénévole au centre.

 

Au printemps, après une dizaine de jours en enclos de réadaptation pour faire un peu d’exercice, monsieur le hérisson ira se dégourdir les pattes dans la Nature.