Multiples chirurgies sur un hérisson trouvé sur une route

Fin avril, un hérisson européen nous est déposé au CEDAF. Il a été trouvé sur une route. Il s’agit d’un mâle.

A l’examen clinique, il pèse 440g et est noté comme étant cachectique (très maigre). De plus, il est hypothermique, à moins de 32C ! La température normale des hérissons est plus basse que celle de l’homme, entre 35,7 et 37,5 environ. Il présente un saignement au niveau des narines et un œil gauche avec une conjonctivite et un écoulement séreux. Une légère buphtalmie (augmentation de la taille du globe oculaire) est notée, mais la pression intraoculaire semble bonne. Une uvéite (inflammation de l’intérieur de l’œil) est suspectée et empêche un examen approfondi du globe oculaire. Une fracture fermée de la mandibule, au niveau de la symphyse (là où les deux mandibules se rejoignent), est notée. Elle est peu déplacée. Enfin, le hérisson a une diarrhée glaireuse et est moyennement déshydraté. Les selles sont analysées au microscope et révèlent des œufs de parasites intestinaux (Capillaria), parasites probablement responsables de la diarrhée. Il est aussi parasité avec des puces et des tiques.

Au vu des problèmes détectés, il est raisonnable de penser que ce petit hérisson a dû être heurté par un véhicule.

Suite à cet examen clinique, plusieurs traitements sont mis en place : des fluides sous-cutanés, pour réduire la déshydratation, un antiparasitaire contre les puces et les tiques (la majorité des tiques sont préalablement retirées à l’aide d’une petite pince spéciale), un vermifuge pour les Capillaria et un anti-inflammatoire contre la douleur associée à sa fracture mandibulaire et l’uvéite suspectée de l’œil gauche. Il est hospitalisé dans une cage avec un tapis chauffant et il est nourri avec du pâté plutôt que des croquettes pour faciliter sa mastication.

Une chirurgie pour stabiliser la fracture de la mâchoire est planifiée quelques jours plus tard. Pour cela, le hérisson est anesthésié avec de l’isoflurane (gaz anesthétique). Un cerclage de fil métallique est placé autour de ses deux mandibules après désinfection locale pour stabiliser la fracture (Photos 1 et 2).

Ce jour-ci, l’œil est à nouveau examiné sous anesthésie : son état a empiré,  il est à présent hypotone (diminution de la pression intraoculaire) et purulent, laissant supposé qu’il est crevé et infecté. Par conséquent, il est décidé de procéder à une énucléation. Les structures oculaires et périoculaires sont désinfectées. L’œil est retiré et les paupières suturées avec du fil résorbable. Aucun saignement n’est noté pendant la chirurgie et le hérisson se réveille très bien de son anesthésie.

Notre petit patient est gardé en hospitalisation avec un anti-inflammatoire et un antibiotique (étant donné que l’œil semblait infecté). Son appétit est très bon et il prend progressivement du poids. Un nouveau test coprologique (examen microscopique des selles) est réalisé une semaine plus tard et ne révèle plus de parasite.

Un mois plus tard, le hérisson est à nouveau anesthésié. Les mandibules sont stables, la fracture est réparée. Le cerclage peut donc être retiré (Photo 3). L’examen de son œil révèle une bonne guérison des paupières (Photos 4 et 5).

La nourriture solide (croquettes) est peu à peu introduite dans son alimentation. Le hérisson a maintenant un poids et un état corporel idéal. Il pourra être relâché sous peu. Bien que borgne, il saura se débrouiller grâce à son odorat et à son ouïe, prépondérants dans sa vie nocturne.

Le relâcher des hérissons se fait de façon progressive : il sera tout d’abord installé dans un enclos extérieur puis, au bout de 2 ou 3 semaines, l’enclos sera ouvert et le hérisson aura la possibilité de partir, au rythme qu’il lui plaira.