De la moquette chez les hérissons

Fin décembre 2017, nous avons reçu deux jeunes frères hérissons dans un état catastrophique. Âgés d’un peu plus de deux mois, ils étaient jusque là détenus par un particulier de manière parfaitement illégale (s’agissant d’une espèce protégée, la détention de ces animaux est interdite : les contrevenants s’exposent à 6 mois de prison ferme et 9000€ d’amende !).

Ils avaient été maintenus dans une boite en plastique avec un linge en tissu pour seule litière, et baignaient dans leurs déjections. Les brûlures occasionnées par l’urine avaient induit des plaies aux coussinets particulièrement handicapantes pour se déplacer. Ils avaient été nourris avec du lait de vache puis du poulet, ce qui n’est clairement pas un régime adapté pour ces animaux insectivores friands aussi d’escargots et de limaces : le retard de croissance était très important et leur poids (environ 300g) et leur taille bien trop faibles pour leur âge.

A l’admission, il apparaît que ces mauvaises conditions de vie ont permis à un champignon (Trichophyton mentagrophytes erinacei), agent de teigne, de proliférer. Cette maladie, quand elle n’est pas asymptomatique, entraîne des lésions cutanées croûteuses et squameuses avec perte de poils et de piquants (photo 1). Il s’agit d’une zoonose, c’est-à- dire que cette maladie est transmissible à l’Homme (photo 2).

photo 1:  Lésions de teigne à Trichophyton mentagrophytes erinacei

photo 2: Lésions de teigne chez l’Homme

 

 

 

 

 

 

 

 

photo 3: Réalisation d’une moquette

Pour vérifier notre hypothèse, un prélèvement de poils à l’aide d’un carré de moquette stérilisé (photo 3).

Les petits sont baignés de manière à retirer au maximum les déjections de leur pelage, puis séchés et réchauffés. Ils sont placés sur une litière absorbante et non vulnérante pour les pattes, sont réhydratés et reçoivent des anti inflammatoires et des antibiotiques. Une alimentation hyper-digeste leur est apportée de manière à les réalimenter très progressivement. En quelques jours, ils semblent déjà bien mieux et ont repris du poids. Dix jours plus tard, le résultat de la moquette nous parvient : il s’agit bien de la teigne. Ils recevront alors un antifongique par voie orale, en écrasant le comprimé dans leur nourriture (si vous trouvez qu’il est difficile de faire avaler un comprimé à votre chat, imaginez ce que c’est avec un hérisson roulé en boule !). La cage ainsi que le nid sont nettoyés tous les jours à l’eau de Javel qui a des vertus antifongiques.

photo 4: Hérisson en enclos de réadaptation

Quinze jours plus tard, un prélèvement de contrôle est réalisé et il n’y a plus trace de teigne. Mais l’examen des selles permet d’identifier une diarrhée verte assez classique au sevrage, potentiellement d’origine bactérienne : une salmonellose est suspectée. Le pronostic est réservé, mais on continue à se battre pour ces petits bonshommes : réhydratation, antibiotiques, réchauffement, antispasmodiques, … Après une semaine de traitement, la diarrhée s’arrête et l’appétit revient. Ils ne cesseront alors de manger, jusqu’à atteindre le poids de 700g auquel ils sont théoriquement transférés en hibernation. Mais nous sommes déjà mi-mars, le printemps est bientôt là et il est désormais trop tard pour hiberner. Ils partiront donc en enclos de réadaptation (photo 4) et aux premiers beaux jours d’avril, la Liberté !