Fracture ouverte du bec sur une tourterelle

Fin avril, une tourterelle turque est déposée au CEDAF. Elle a été récupérée alors qu’elle se faisait attaquer par une pie. La tourterelle est encore juvénile et dépendante de ses parents, elle nécessitera donc des gavages fréquents. Il est impossible de déterminer s’il s’agit d’une femelle ou d’un mâle puisqu’il n’y a pas de dimorphisme sexuel chez ces oiseaux. Elle pèse 83g et semble avoir un bon état d’embonpoint. Son examen clinique révèle cependant une fracture ouverte du bec, plus précisément de la mandibule droite (Photo 1). Elle ne présente aucune autre anomalie à l’examen.

Nous voyons bien ici la fracture ouverte de la mandibule droite (la photo est réalisée sous anesthésie).

Elle est hospitalisée et reçoit un anti-inflammatoire pour gérer la douleur, et un antibiotique pour éviter une infection au niveau de la fracture. Elle est aussi gavée avec précaution pour ne pas aggraver la lésion au niveau du bec.

Le lendemain, une petite chirurgie est faite afin de réparer la fracture. La tourterelle est anesthésiée avec un masque dans un premier temps (on utilise un gaz anesthésique). Puis une sonde est placée dans le sac aérien abdominal afin de maintenir son anesthésie tout en laissant son bec visible et manipulable. En effet, le système respiratoire des oiseaux est très particulier ! Il est composé, comme chez les mammifères, d’une trachée et de poumons, mais aussi de plusieurs sacs aériens qui sont responsables du mouvement de l’air dans les poumons (Photo 2). Par conséquent, si le gaz anesthésique est introduit directement dans un des sacs aériens, cela revient au même que si l’oiseau le respirait par sa trachée ! Pour ce faire, la peau est désinfectée juste en arrière des côtes et une petite incision est réalisée au travers de la peau, des muscles et de la paroi du sac aérien, et un tube est introduit dans le sac aérien, puis suturé à la peau pour bien rester en place le temps de la chirurgie (Photos 3 et 4).

Une fois le tube placé et l’animal stable sous anesthésie de cette façon, la fracture du bec est bien nettoyée et désinfectée. Puis quelques points de sutures sont placés pour la réparer (Photos 5). En effet, à cet âge-là, le bec est plutôt mou et, par conséquent, quelques points de sutures sont suffisants pour réparer la fracture, pas besoin de montage métallique.

Mise en place de sutures non résorbables pour stabiliser la fracture de la mandibule

Une fois la chirurgie réalisée, le tube dans le sac aérien peut être retiré et la peau suturée localement avec juste un petit point de suture résorbable (ces fils n’auront pas besoin d’être retirés).

La tourterelle se réveille sans problème. Elle est gardée hospitalisée avec un antibiotique (pendant 2 semaines) et un anti-inflammatoire (pendant 1 semaine). Elle est aussi nourrie avec un mélange spécial pour jeune colombiformes trois fois par jour dans un premier temps, puis deux fois par jour, puis une fois par jour, quand elle commence à s’alimenter un peu seule.

Deux semaines et demie plus tard, il est temps de retirer les sutures sur le bec. La fracture est stable, même si une petite déformation est encore visible (Photos 6 et 7). Le bec se ferme correctement ; la petite déformation, correspondant à un cal osseux (l’os qui cicatrise), ne lui posera pas de problème.

Quelques jours plus tard, quelques vomissements sont notés. Un écouvillon du jabot examiné au microscope révèle des levures appelées Candida albicans (Photo 8). Une infection fongique de la sorte n’est pas rare chez les oiseaux juvéniles. Cela dit, elle se traite assez bien avec un antifongique que notre petite tourterelle reçoit de suite, et ce pendant plusieurs jours.

Candida albicans, levure pouvant causer des régurgitations chez les juvéniles, vue au microscope après une coloration. Les levures sont les éléments ovales, violet foncé ; elles sont ici « bourgeonnantes », se séparant en deux. Les éléments plus petits en bâtonnets sur la photo sont des bactéries ; il est normal d’en trouver dans le système digestif, cela n’est pas considéré pathogène ici.

La petite tourterelle est toujours hospitalisée en ce moment puisqu’elle ne s’alimente pas suffisamment par elle-même encore ; mais dès qu’elle mangera bien seule, elle pourra être transférée en volière extérieure, où elle apprendra à voler, avant de pouvoir être relâchée !