Le coin du véto : C’est une cigogne pas comme les autres…

Le 15 août dernier est arrivée une espèce très rare au CEDAF : une cigogne noire (Ciconia nigra).
Trouvée la veille dans les champs à Combs-la-Ville, elle est très affaiblie et n’arrive plus à se lever. L’examen clinique montre une déshydratation et une dénutrition sévère, du sang est présent à l’ouverture de la cavité buccale. A ce stade, il est très difficile de connaître la nature du problème : aucun os cassé n’est palpable et il pourrait autant s’agir d’un choc avec un véhicule que d’une intoxication aux anti-coagulants par exemple.

Photo 1

Elle reçoit des solutés en perfusion intra-veineuse pendant 4 jours, puis se remet enfin debout  (photo 1).
Il n’y a plus de sang dans sa cavité buccale. Cette espèce piscivore qui chasse aussi les amphibiens refuse néanmoins de consommer les poissons laissés à disposition : nous entreprenons donc un protocole de renutrition progressive à l’aide d’un aliment hyperdigestible distribué par sondage gastrique. A la fin de la première semaine d’hospitalisation, d’étranges parasites sont retrouvés dans sa cavité buccale (photo 2) : le laboratoire révélera qu’il s’agit d’un ver plat ou trématode (photo 3). Un anti-parasitaire ainsi que du fer et de la vitamine B12 pour lutter contre l’anémie lui sont alors administrés. Le nourrissage spontané restera compliqué pendant 15 jours, à l’issue desquels une endoscopie digestive sera effectuée, sans anomalie pouvant expliquer le refus de s’alimenter.

 

Photo 2

Photo 3

 

Afin d’éliminer une origine comportementale à l’anorexie (les animaux sauvages refusant parfois de s’alimenter en raison du stress lié à la présence humaine), la cigogne est placée en volière au début du mois de septembre. A cette occasion, nous décelons une anomalie du port des ailes : elle ne parvient pas à les étendre convenablement, et cette fois un « cloc » est audible à la manipulation de l’épaule gauche.

 

Photo 4

 

Des radiographies sont effectuées sous anesthésie générale (photo 4) : l’épaule gauche est très enflammée (et probablement luxée), mais l’épaule droite n’est pas en reste. Elle présente une fracture du coracoïde (un os supplémentaire que possèdent tous les oiseaux et qui sert à soutenir les muscles pectoraux, permettant ainsi le vol). Le pronostic de relâcher s’annonce bien sombre, et il est possible que le passage des aliments dans l’œsophage soit gêné par le déplacement des os.

 

Dans les jours qui suivent, des lésions blanches et pâteuses apparaissent dans sa cavité buccale : un écouvillon prélevé, puis mis en culture, permet de mettre en évidence une candidose (une infection fongique opportuniste) probablement consécutive à son état de faiblesse.

Photo 5

 

Après un traitement antifongique et anti-inflammatoire, et contre toute attente, « Petit Cheval » (prénom donné par nos bénévoles en raison de son cri semblable à un hennissement) se remet à s’alimenter, en se jetant littéralement sur les poissons ! Elle reprend du poids, du poil de la bête (photo 5), mais malheureusement pas son envol…

Une histoire aussi longue ne pouvait pas s’arrêter comme ça. Petit Cheval faisant partie d’une espèce menacée, elle rejoindra bientôt un centre pour cigognes où elle côtoiera d’autres individus handicapés et, au moment de la migration, des amis de passage. Qui sait, peut-être pourra-t-elle un jour devenir parent !