Le coin du véto : Tumeur chez le cygne n’est pas toujours mauvais signe

Mi-juillet, des passants du 6ème arrondissement repèrent, nageant sur la Seine, un cygne tuberculé (Cygnus olor) présentant ce qui leur semble être une plaie. Grâce à l’intervention des pompiers, le cygne est capturé puis déposé dans nos locaux pour y être examiné. Il s’agit d’un mâle (reconnaissable à son tubercule proéminent) adulte (photo 1): tout va bien d’un point de vue examen général hormis le fait qu’il est un peu maigre à 9.4kg, un mâle adulte étant en moyenne au dessus de 10kg.

Photo 1

Au niveau de son épaule droite dépasse une zone rouge, qui correspond en réalité à une masse très volumineuse d’environ 10cm de diamètre. C’est une masse ferme de consistance tissulaire : une tumeur. Elle est bien délimitée et relativement pédiculée, n’adhère pas au plan profond, et est à peine ulcérée, tous ces critères étant plutôt en faveur d’une tumeur à caractère bénin.

Une petite semaine après son arrivée, le temps de lui faire reprendre un peu de poids, il est préparé pour l’anesthésie. Les cygnes étant capables de réaliser des apnées assez longues pour se nourrir au fond de l’eau, il faut impérativement les sédater au préalable : une molécule de la même famille que le Valium® est ainsi injectée par voie intra-musculaire, environ 10 minutes avant de l’induire au gaz anesthésique. Une fois bien endormi, il est intubé de manière à recevoir le gaz directement au niveau des voies respiratoires (photo 2). Un cathéter intra-veineux est posé sur la patte afin de le perfuser en continu durant toute la chirurgie (photo 3).

Photo 3

 

 

Photo 2

 

 

 

 

 

 

La zone à opérer est plumée (photo 4) avant d’être désinfectée (photo 5). Après dissection sur toute sa périphérie, la masse est enfin retirée : on constate qu’elle est effectivement très bien délimitée, qu’elle n’est pas adhérente au muscle (photo 6) et qu’elle est peu vascularisée à la coupe (photo 7). Tous ces éléments sont en faveur d’un processus bénin : malheureusement, nous n’aurons pas plus d’informations au sujet de la nature de la tumeur. La plaie est refermée (photo 8) mais compte-tenu de la taille de la tumeur retirée, la suture est sous très forte tension.

Photo 5

 

Photo 4

 

 

Des anti-inflammatoires sont administrés pendant une semaine afin de lutter contre la douleur. Etant donné la localisation et la tension subie par cette plaie, notamment en raison de la puissance du battement des ailes dans cette espèce, certains points cutanés cassent : des soins locaux et des antibiotiques sont ajoutés pendant 10 jours. Quinze jours après l’opération, les points sont retirés et on lui donne l’accès au bassin extérieur afin de lui permettre de réimperméabiliser son plumage. Trois semaines après la chirurgie, la plaie est complètement cicatrisée et ne montre aucun signe de récidive, les plumes commencent même à repousser (photo 9).

Photo 6

 

Photo 7

 

 

 

 

 

Photo 8

 

 

Un mois plus tard, il est relâché en compagnie d’une femelle dont il avait fait la connaissance chez nous au cours des « sorties bassin » (photo 10).

 

Photo 9

 

 

Photo 10