Le coin du véto : Un murin qui en a sous le coude.

Le 16 octobre dernier est arrivé un petit patient original : une chauve-souris.

Elle a rejoint la liste des 17 micro-mammifères nocturnes reçus cette année au CEDAF : effectivement, les seuls chiroptères présents en France sont des animaux de très petite taille (dits « micro-chiroptères ») par comparaison aux chauves-souris présentes dans d’autres régions du globe, comme les Roussettes.

En l’occurrence, il s’agissait d’une chauve-souris adulte d’une dizaine de grammes, avec un ventre blanc et un tragus (cartilage présent à la base de l’oreille) allongé : un murin de Daubenton (voir photo 1). Contrairement à leurs cousines les pipistrelles qui chassent en milieu ouvert, les murins de Daubenton chassent les insectes présents à la surface de l’eau.

photo 1 : Murin de Daubenton, n°17/4376

Et pourtant, notre patiente du jour a été découverte sur un trottoir du 16ème arrondissement, en plein jour et visiblement blessée. Effectivement, à l’admission, cette femelle adulte était amaigrie et présentait un déficit de fonctionnement de l’aile droite l’empêchant de voler. Des radiographies ont alors été effectuées pour mieux comprendre l’étendue du problème : nous étions en présence de deux fractures de part et d’autre du coude, une sur l’humérus distal, et une sur le radius proximal (voir photo 2). C’est une situation très compliquée car pour cicatriser, l’os a besoin de stabilité. Des montages de type attelle (fils de suture collés de part et d’autre de la fracture à l’aide de colle chirurgicale) existent mais sont en pratique assez mal tolérés par bon nombre de chauve-souris qui finissent par s’auto-mutiler.

 

 

photo 2 : Radiographie de face du 19/10/2017

 

photo 3 : Cage d’hospitalisation des chauves-souris au CEDAF

La décision est alors prise de la maintenir dans un espace de très faible volume (voir photo 3) pour limiter au maximum ses mouvements, permettant ainsi la cicatrisation osseuse tout en soulageant sa douleur. En complément, des anti-inflammatoires (une micro-goutte compte-tenu de sa taille !) lui sont administrés deux fois par jour pendant 15 jours.

Comme pour tous les animaux de ces espèces, le démarrage du nourrissage peut être compliqué. Elles sont nourries avec des vers de farine qu’il faut d’abord proposer à la pince, de manière à ce que la chauve-souris comprenne bien qu’il s’agit là d’un aliment qu’elle peut consommer. Après une semaine de nourrissage à la main plusieurs fois par jour, notre petit murin a bien compris et s’est mis à dévorer les vers spontanément, jusqu’à atteindre un poids de forme de 10g. Ce poids est idéal à l’entrée de l’hiver, car les chauves-souris de nos contrées hibernent de manière à survivre à la mauvaise saison malgré le manque d’insectes.

Par ailleurs, pour lutter contre la déperdition de chaleur provoquée par leur grande surface alaire, ces animaux ont développé une technique spéciale : ils maintiennent leur température à 37°C lorsqu’ils sont actifs, mais sont capables d’entrer en torpeur et de laisser leur température corporelle chuter jusqu’à atteindre la température du milieu extérieur en phase d’inactivité, comme pendant la journée ou lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises. Cet état de torpeur, magnifique adaptation de ces espèces à notre environnement changeant, est néanmoins une contrainte au CEDAF : le ralentissement du métabolisme empêche les médicaments de fonctionner au maximum de leur potentiel, et également les fractures de cicatriser à une vitesse normale ! Par conséquent, nous hospitalisons les chauves-souris sur une bouillotte disque changée deux fois par jour de manière à maintenir une température extérieure relativement haute. La torpeur dans laquelle la chauve-souris entrera durant la journée ne sera ainsi pas trop profonde, ce qui permettra aux médicaments de fonctionner, et à ses fractures de cicatriser.

photo 4 : Radiographie de face du 23/11/2017

 

Un mois plus tard, l’examen de l’aile du petit murin montre que de beaux cals se sont formés sur chaque fracture : les lésions de l’aile ont été stabilisées. Des radiographies de contrôle (voir photo 4) sont effectuées et montrent que les cals sont encore fibreux et non pas ossifiés pour le moment. Ils restent fragiles et il faudra encore un peu de repos avant de laisser notre chauve-souris utiliser son aile.

 

D’ici un mois, de nouvelles radiographies seront effectuées et dès que l’ossification des fractures sera faite, elle pourra être placée en volière. Le relâcher n’est pas encore pour tout de suite pour notre petite patiente, mais il viendra !