Maître corbeau, avec son aile amochée…

Le 16 décembre dernier, nous a été déposé une espèce pour le moins originale au centre : un Corbeau freux (Corvus frugilegus). Cette espèce de corvidé est en effet beaucoup plus rare au CEDAF que sa cousine la Corneille noire (Corvus corone), dont nous recevons plus de cent individus par an contre moins d’une dizaine de corbeaux. Les corvidés les plus souvent vus en région parisienne, et souvent pris à tort pour des « corbeaux », sont donc en réalité des corneilles : pour les distinguer, il faut s’attarder sur la base du bec qui est entièrement noire chez la corneille (photo 1) alors qu’elle est dénudée et blanchâtre chez le corbeau freux.

Photo 1 : Distinction avec la Corneille noire

 

Photo 2 : Corbeau freux 17/4937 avec une anomalie du port de l’aile droite

En l’occurrence, ce corbeau a eu la chance de tomber sur un découvreur qui l’a recueilli en soupçonnant qu’il s’était fracturé une aile. A l’examen clinique, il présente un déficit du port de l’aile droite, qui est anormalement basse (photo 2). Il est très maigre (388g contre un poids de forme pouvant aller jusqu’à 500g). On note une fracture déjà cicatrisée du fémur gauche sans boiterie résiduelle, ainsi qu’une fracture ouverte (avec plaie mais sans sortie osseuse) du radius et de l’ulna droits, à leur extrémité. Le pronostic de relâcher sur fracture ouverte est plus sombre, mais cela reste du domaine du possible : nous décidons de donner une seconde chance à Maître Corbeau.

Le traumatisme à l’origine du problème est probablement ancien, compte-tenu de la cicatrisation totale du fémur et partielle de l’aile, ainsi que de l’état de maigreur dans lequel a été retrouvé l’animal. La chirurgie n’est donc pas envisagée car elle impliquerait de re-fracturer des os en cours de cicatrisation. Par ailleurs, il est assez frustrant d’opérer les fractures chez les corvidés car leur grande intelligence rend le postopératoire (avec broche apparente) pour le moins compliqué, peu de montages étant capable de leur résister !

Il est ainsi décidé d’utiliser un traitement conservateur : l’aile est soutenue en position fermée à l’aide d’un bandage pendant deux semaines, en association à des anti-inflammatoires pour limiter la douleur. En parallèle, des soins locaux biquotidiens sont appliqués sur la plaie, et deux antibiotiques complémentaires ayant une pénétrance osseuse lui sont administrés. Pour ce qui est de la nourriture, il s’agit d’une espèce omnivore mais qui a une petite préférence pour l’alimentation carnée : chez nous, il ne recevra pas de fromage mais un mélange à base de proies entières, de graines et de pâté pour insectivores.

Photo 3 : Radiographie de contrôle montrant la cicatrisation osseuse

Après un mois de traitement, Maître Corbeau s’est bien remplumé puisqu’il a atteint un poids de forme de 450g. Des radiographies de contrôle (photo 3) sont effectuées et montrent une cicatrisation osseuse en cours. Elle n’est pas encore parfaite, mais il s’agit d’un délai normal en cas de fracture ouverte : les recommandations concernant ce type de fracture préconisent un traitement antibiotique de deux mois. Mi-février, des radiographies de contrôle seront effectuées avec, nous l’espérons, un passage en volière de réhabilitation. Il lui faudra y passer encore un peu de temps pour faire de l’exercice avant le relâcher final.