Quand une buse rencontre un véhicule…

Fin décembre, les sapeurs pompiers de l’Essonne nous ont déposé une buse variable (Buteo buteo) trouvée à proximité d’une route nationale à Courcouronnes, et donc probablement heurtée par un véhicule. Très vindicative, elle est de grande taille et avoisine le kilo : il doit s’agir d’une femelle 😉 (voir photo 1).

Photo 1 : Buse variable n°16/3496 en hospitalisation

A l’examen clinique d’admission, elle est en état de choc : beaucoup de sang est retrouvé à l’ouverture du carton en raison d’une section nette de la serre n°2 de sa patte droite (voir photo 2). Il s’agit probablement d’un contrecoup sur le macadam.

Photo 2 : Serre n°2 de la patte droite, sectionnée nettement.

Le choc avec le véhicule s’est probablement initialement produit sur le crâne car elle maintient l’œil gauche mi-clos. A l’ouverture, l’œil paraît très rouge (voir photo 3) : il s’agit d’une hémorragie de la chambre antérieure de l’œil, appelée « hyphéma ».

Photo 3 : Hyphéma de l’œil gauche

Elle nécessite d’être mise sous perfusion car elle a perdu beaucoup de sang. Un cathéter est placé dans sa veine métatarsienne médiale (voir photo 4) et elle restera sous pousse-seringue pendant deux jours.

Photo 4 : Cathéter dans la veine métatarsienne médiale

Pour arrêter l’hémorragie, nous réalisons un pansement compressif maintenu accroché à tous les doigts de la patte, classiquement appelé « pansement boule » (voir photo 5).Par ailleurs, elle reçoit des anti-inflammatoires pour la douleur et pour gérer le traumatisme crânien, ainsi qu’une pommade ophtalmologique pour résorber le caillot intra-oculaire.

Photo 5 : Pansement boule compressif sur la serre sectionnée

Trois jours plus tard, la serre a bien cicatrisé et le pansement boule peut être retiré. Par contre, le caillot est toujours présent dans l’œil et la paupière gonfle telle celle d’un boxeur, la pauvre a un bel œil au beurre noir… Les soins continuent. Comme elle n’y voit pas grand-chose, elle refuse de s’alimenter seule et doit être nourrie à la main.

Début janvier, le caillot est toujours présent à l’intérieur de l’œil (voir photo 6) : ce n’est pas normal, il aurait dû se résorber en quelques jours avec l’application de pommade anti-inflammatoire. Un examen ophtalmologique conduit par les spécialistes du service de l’ENVA est réalisé : à gauche, l’hyphéma est confirmé avec une probable subluxation antérieure du cristallin car l’iris est bombé vers l’arrière. A droite, de petites hémorragies rétiniennes sont présentes. Les soins sont poursuivis et nous prenons la décision de lui injecter un médicament capable de dissoudre le caillot sanguin.

Photo 6 : Aspect de l’œil en pré-opératoire

Le médicament doit être injecté directement dans l’œil : pour ce faire, la patiente doit être absolument immobile. Elle va devoir subir une anesthésie générale le 09 janvier et est ainsi mise à jeun avant l’opération. L’anesthésie se fait uniquement au gaz anesthésique en raison du risque encouru sur des animaux de poids aussi faible et elle est intubée (voir photo 7) de manière à ce qu’elle reste endormie tout le temps nécessaire à la procédure.

Photo 7 : Buse anesthésiée

Après avoir préparé chirurgicalement l’œil, la paupière inférieure est maintenue rabattue par un clamp et la conjonctive délicatement soulevée. On injecte lentement le médicament qui va dissoudre le caillot (voir photo 8).

Photo 8 : Injection intra-oculaire de fibrinolytique

Suite à l’injection, quelques bulles d’air sont présentes à l’intérieur de l’œil (voir photo 9), mais pas de panique, elles se résorberont en quelques heures.

Photo 8 : Injection intra-oculaire de fibrinolytique

Dans les jours qui vont suivre, le caillot se rétracte de plus en plus jusqu’à laisser apparaître la pupille (voir photos 10 à 12). Le passage de la lumière est de nouveau possible pour cet œil : en d’autres termes, elle voit ! Ce qui nous est confirmé par son appétit féroce qui revient spontanément le lendemain de l’opération.

Photo 10 : 4h plus tard

Photo 11 : 24h plus tard

Photo 12 : 72h plus tard

 

 

 

 

 

 

 

A J7, le caillot continue de se résorber (voir photo 13). Par contre, le cristallin s’opacifie : une cataracte d’origine traumatique se développe et empêchera inexorablement la lumière de passer à terme… Les hémorragies rétiniennes sur l’autre œil ont fini par se résorber totalement, ce dernier est donc finalement parfaitement efficient.

Photo 13 : Aspect de l’œil gauche à J7

Les rapaces diurnes ont besoin de leurs deux yeux pour chasser : c’est d’autant plus valable pour les faucons (crécerelles ou pèlerins) qui fondent sur leurs proies à grande vitesse. La buse variable est beaucoup plus opportuniste et peut parfois être charognarde : elle peut se débrouiller avec un seul œil, mais il faut avant de la relâcher être sûr de ses capacités à se nourrir au long terme.

Une fois en volière, nous la surveillons pendant quelques semaines et tout va bien : elle attrape sa nourriture, elle vole parfaitement bien et évite les obstacles. Voici venue l’heure du relâcher et Madame a souhaité prendre la pose avant de nous quitter définitivement 😉  (voir photo 14)

Photo 14 : Buse variable n°16/3496 perchée dans un arbre juste après le relâcher