Zoom sur… la trichomonose du pigeon

Cette maladie très courante et aussi très contagieuse du pigeon est bien connue des bénévoles travaillant au CEDAF. Aujourd’hui, on vous explique tout!

La trichomonose est une maladie d’origine parasitaire : le responsable est un protozoaire appelé Trichomonas gallinae. Il se retrouve essentiellement dans le jabot* des colombidés qui en sont l’hôte principal : la contamination se fait donc principalement au moment du nourrissage des petits, lorsque ceux-ci plongent leur bec dans la cavité buccale de leur parent pour se nourrir.

Il faut néanmoins souligner que d’autres espèces d’oiseaux peuvent souffrir de cette maladie, notamment les passereaux par l’intermédiaire de points d’eau contaminés par un pigeon malade, ou les rapaces ornithophages par consommation d’un pigeon atteint.

Lésion caractéristique de trichomonose dans la cavité buccale d’un pigeon colombin juvénile (Columba oenas)

 

 

Une fois dans le jabot, le parasite provoque des lésions blanches ou jaunes épaisses qui progressent parfois jusque dans la cavité buccale (cf photo 1) et peuvent bloquer le passage de l’air ou des aliments, entraînant amaigrissement, retard de croissance, vomissements, troubles respiratoires, voire la mort. Les lésions très étendues sont de mauvais pronostic.

Plusieurs souches du parasite existent et certaines sont moins pathogènes que d’autres, néanmoins la surpopulation ainsi que le manque d’hygiène peuvent aggraver une infection subclinique et entraîner la survenue de symptômes chez un oiseau qui vivait en équilibre avec son infestation par Trichomonas.

En pratique, pour lutter contre ce problème au CEDAF, il faut tout d’abord le diagnostiquer : un examen clinique rigoureux est effectué à l’admission de chaque pigeon reçu pour rechercher ces lésions dans la cavité buccale, et régulièrement au cours de l’hospitalisation l’équipe vétérinaire vérifie la survenue éventuelle de signes cliniques compatibles avec cette maladie.

Au moindre doute, un écouvillon de la cavité buccale ou du jabot est réalisé et peut permettre de mettre en évidence le parasite (cf photo 2) qui présente une forme caractéristique de goutte d’eau mouvante.

Si la maladie est confirmée, l’oiseau reçoit un antiparasitaire adapté pendant plusieurs jours et est isolé des animaux sains. Lorsque la maladie n’est pas trop grave et que l’oiseau ne souffre pas de pathologie intercurrente, un délai d’une semaine permet en général d’obtenir la guérison.

Nombreux Trichomonas gallinae mis en évidence au microscope après prélèvement d’un pigeon atteint par écouvillon du jabot

Les règles d’hygiène appliquées au centre sont essentielles pour limiter la contamination entre les oiseaux : chaque oiseau doit être hospitalisé dans un carton qui lui est propre (hormis les juvéniles arrivés d’emblée ensemble), et s’il nécessite un nourrissage à la main, le matériel utilisé (seringue de nourrissage, serviette pour la contention) lui est réservé. Les pigeons étant les oiseaux les plus sujets à cette maladie, l’eau de boisson qui leur est distribuée au centre est enrichie en antiparasitaire à dose prophylactique. Par ailleurs, afin de limiter la surpopulation dans nos locaux, l’équipe vétérinaire s’assure de réduire au maximum le temps d’hospitalisation, afin de rendre leur liberté le plus tôt possible à ces oiseaux qui, malgré leur proximité avec l’Homme, souffrent aussi de la captivité.

Actuellement, le CEDAF s’implique dans l’étude de cette maladie pour mieux la comprendre, en réalisant des prélèvements à l’admission afin d’évaluer l’importance du portage de ce parasite dans la population de pigeons sauvages en Ile-de-France.

*jabot : distension physiologique de l’œsophage qui leur sert d’organe de stockage