La Caille des blés

Nom commun : Caille des blés

Espèce : Coturnix coturnix

Poids : 85 à 135 grammes

Taille : 16 à 18 centimètres

Envergure : 32 à 36 centimètres 

Longévité : 8 ans

Habitat : espaces ouverts, prairies, friches, luzernes et champs céréaliers.  

Régime alimentaire : la Caille des blés est majoritairement granivore mais la part d’invertébrés ingérés augmente largement en période de reproduction. 

Photo : © Céline Grisot

Une poule illusionniste

Alors que vous vous promenez à l’aube pour admirer les premiers rayons du soleil sur les champs et les haies, les plantes humides s’égayent de trois syllabes répétées en phrases rapides. Mais, malgré tous vos efforts pour la découvrir, l’origine de cet appel matinal reste parfaitement invisible. C’est normal, la toute petite poule que vous cherchez à voir se fond totalement dans le décor grâce à son plumage cryptique à l’imitation des étendues de graminées sèches où elle se dissimule.

De la famille des Phasianidés, la Caille des blés est aussi le plus petit gallinacé d’Europe. Toute ronde avec sa queue très courte, la silhouette de la caille ne s’étire que lorsqu’elle se dresse sur ses solides pattes de marcheuse pour guetter les alentours. Tout le corps est couvert de petites raies blanches, avec un ventre crème et un dessus plus sombre également rayé de noir. De belles et larges stries claires rehaussées de roux habillent ses flancs de manière caractéristique. Un léger dimorphisme sexuel apparaît au niveau de la gorge, celle du mâle se colorant de feu avec une bavette noire tandis que celle de la femelle est marquée plus discrètement.  

On pourrait confondre les cailles des blés avec les poussins de perdrix qui peuvent voleter une dizaine de jours seulement après avoir éclos. Mais la silhouette générale est différente puisque les cailles des blés ont des ailes étroites aux longues rémiges alors que celles de tous les autres gallinacés sont courbes. Un doute plus fréquent concerne sa similitude avec la caille japonaise (Coturnix japonica). Plus grosse, c’est une caille d’élevage dont le chant est moins mélodieux. Les cailles des blés ont également des sous-espèces car leur aire de répartition très étendue couvre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Les très nombreuses descriptions tiennent surtout à des variations de couleur du plumage comparé à celui de la forme nominale Coturnix coturnix coturnix que l’on retrouve chez nous. Quel que soit le pays, la Caille des blés trouble l’oeil le plus aiguisé. Son chant s’entend à l’aube, au crépuscule et même au beau milieu de la nuit. La Caille margotte, ponctuant chaque phrase par un hochement de tête. On dit aussi qu’elle courcaille ou carcaille. Pour découvrir en images ce son délicieusement champêtre, vous pouvez cliquer ici.  

Voyageuse !

Cela en étonnera plus d’un car elle n’a pas l’allure d’une aviatrice, mais la Caille des Blés est voyageuse. C’est vrai que ses aptitudes aériennes ne sont pas celles, par exemple, d’un pigeon ou d’une oie. Mais pourtant les populations migratrices sont attestées et l’on observe des mouvements saisonniers entre de larges territoires. Au contraire d’une poule domestique et malgré ses réserves de graisse, la Caille des blés ne pèse pas lourd et elle compense sa rondeur par des ailes de meilleure portance. D’ailleurs, rappelons ici que les poules domestiques peuvent tout de même voleter sur quelques mètres et que c’est uniquement leur masse (et les vers) qui les retiennent sur terre.

D’une manière générale, tous les petits gallinacés sont capables de migrer, les plus gros représentants s’étant eux sédentarisés. La Caille des blés est ainsi capable de décoller en vitesse en cas de danger, de manœuvrer en zigzags précis avant de glisser rapidement à couvert. Là, elle se pose et peut courir très vite en se faufilant dans les hautes herbes pour se camoufler. Une fois plaquée au sol, elle disparaît à nouveau.

Dans la même optique de discrétion maximale, les vols migratoires ont lieu la nuit. La migration prénuptiale des cailles des blés a lieu entre avril et juin. La saison de reproduction passée, les cailles repartent dès la mi-août jusqu’à mi-novembre. En été, elles sont donc présentes dans toute l’Europe et en Chine, et redescendent pour hiverner en Afrique du Nord et en Inde. 

Photo : © Aurélien Audevard

Le bref de la Caille des blés

Au printemps, lorsqu’elles arrivent enfin sur leurs aires de reproduction, les cailles sont épuisées de leur voyage et doivent reprendre des forces pour assurer leurs futures nichées. Avec le retour des beaux jours, elles observent un régime très énergétique à base d’insectes, ce qu’elles font jusqu’à ce que l’été leur offre de nouveau les céréales mûres et graines en tous genres dont elles raffolent. Quand les territoires sont établis, les parades nuptiales commencent, avec des approches de séduction assez similaires à celles des pigeons : le mâle fait sa cour en gonflant ses plumes et en abaissant ses ailes près du sol, avant de tourner autour de sa dame en roucoulant.

Dès le mois de mai, la Caille des blés installe son nid, qu’elle cache à même le sol dans des herbes hautes et denses. Elle creuse légèrement, ajoute quelques brindilles et pond une dizaine de petits oeufs clairs fortement tachetés de brun, comme s’ils avaient été éclaboussés d’encre. Il arrive que deux femelles pondent dans le même nid car, en fonction de la densité de population, les mâles habituellement monogames peuvent être bigames voire polygames. Les couples formés restent ensemble durant toute la saison et chantent souvent à l’unisson.

L’incubation dure 18 jours et est entièrement assurée par la femelle. Les poussins sont nidifuges et savent voler en à peine trois semaines. Si la première nichée vient à être détruite, les parents n’hésitent pas à effectuer une ponte de remplacement, et même plusieurs fois s’ils sont très malchanceux. Une fois les jeunes élevés, tout le monde emmagasine des réserves pour la migration postnuptiale. La nichée reste groupée jusqu’au départ où elle se mêle à d’autres petits rassemblements pour partir. 

Photo : © Marc Fasol

Le mirage de la vie sauvage

La petite histoire pastorale de la Caille des blés est douce et fait rêver d’observations pleines de poésie. Mais comme souvent, les coulisses sont moins joyeuses que la scène que l’on aurait aimé retenir, dénuée de toute violence. D’une part, la Caille des blés n’est pas une espèce protégée et fait partie de ces espèces qui sont élevées pour la chasse. Sans s’étendre sur cette pratique en soit, l’élevage de cailles et leur relâcher fait peser sur les souches sauvages la menace de la pollution génétique. En effet, la totalité des cailles d’élevage sont hybridées de cailles japonaises et interfécondes avec les caille des blés sauvages. Malheureusement, les cailles du Japon sont faciles à élever et sont fréquemment libérées dans la nature.

Ici, l’on peut faire un court aparté sur la condition des cailles d’une manière générale. Appréciées pour leur chair et leurs oeufs, les cailles en France sont à 80 % en élevages intensifs (plus de 80 cailles au m2, avec les répercussions qu’on imagine, plus ou moins connues du grand public). Le rythme de ponte est de 300 oeufs par an, quand une caille sauvage n’en a qu’une dizaine. Ce décalage vertigineux entre l’oiseau qui installe son nid dans les blés et sa cousine de supermarché peut poser plus d’une question sur notre rapport au vivant. Enfin, comme l’entièreté de notre faune, les cailles des blés subissent les pratiques agricoles irrespectueuses de la biodiversité. A cela s’ajoute les vagues de chaleur qui s’annoncent de plus en plus fréquentes et sévères. Les cailles des blés ont besoin d’avoir de bons plans d’eau à proximité et les sécheresses réduisent leurs sites de reproduction. Soutenir l’agriculture extensive, biologique et favoriser les jachères est essentiel pour la survie de notre faune et flore.

Antique catharsis 

Qui aurait pu imaginer qu’un oiseau aux airs si doux puisse venger sa propre mort si subtilement ? C’est une enquête un peu particulière que celle-ci, et encore aujourd’hui, le mystère n’est pas tout à fait éclairci – même si une hypothèse semble assez probable. Certaines cailles des blés ont la bonne idée de manger des graines fraîches de grande cigüe (une plante très connue pour son usage mortifère dans l’Antiquité, complètement toxique). Habituées à ce méchant met, les cailles des blés auraient développé une résistance au poison (ce qui n’est pas le cas des cailles du Japon dont l’aire de répartition n’est pas concernée par ces plantes). 

L’empoisonnement provoqué par l’ingestion de cette super caille des blés entraîne des symptômes extrêmes qui peuvent aller jusqu’à la mort. La délicatesse ultime de cette revanche tient au fait que dans un même repas, toutes les cailles des blés mangées n’auront pas forcément consommé des graines toxiques. De quoi semer doute et zizanie parmi les convives !

Photo : © Céline Grisot

Notre caille des blés du moment

C’était une rareté au centre de soins ! Il y a quelques semaines une petite boule de plumes est arrivée à l’examen clinique et pas de doute pour notre vétérinaire Cécile : c’est bien une Caille des blés ! Pour le moins adorable avec ses petites attitudes et fixée sur son pot de graines, la patiente a eu tout le temps de se remettre de ses blessures. Victime d’une tentative de prédation, elle présentait de petites plaies sur tout le corps. Une fois guérie, elle est allée en volière pour retrouver un peu du grand air et dégourdir ses pattes. Là, elle a pu nous offrir sans mal la démonstration de ses talents d’illusionniste en disparaissant rien qu’en restant immobile sur le sol ! 

Cependant, son comportement a vite révélé que cette caille avait été familiarisée à l’homme : elle ne manifestait pas suffisamment de méfiance envers nous. Cela arrive parfois avec des animaux mis trop en contact avec les humains. Une confiance certes bien placée envers ses soigneurs, mais qui aurait pu lui être fatale de retour dans l’inconnu sauvage et ses multiples dangers. C’est pourquoi elle a été transférée dans un centre dédié aux animaux dans le même cas et où on lui souhaite tous de continuer sa belle existence.