Le Lièvre d’Europe, Lepus europaeus

Nom commun : Lièvre d’Europe ou Lièvre brun

Espèce : Lepus europaeus

Poids : 3 à 5 kg en moyenne, les individus du Nord et de l’Est étant plus gros. 

Taille : 50 à 70 cm 

Longévité : 12 ans mais 4 ou 5 ans en moyenne.           

Habitat : Le Lièvre est un sédentaire qui fréquente tout type de milieu ouvert où son pelage peut se confondre. Originaire de la Steppe eurasiatique, il s’adapte aux plaines, champs cultivés, causses, marais, landes, vignes… Et jusque dans les forêts, pour autant qu’elles soient claires et tapissées d’herbe. 

Régime alimentaire : Herbivore, le Lièvre mange une grande variété de plantes herbacées et de céréales qu’il complète selon les saisons par des bourgeons, des écorces, des fruits et des brindilles. 

Illustration : © Marianne Ory

Les souliers ailés du messager des steppes 

Vous avez dit lièvre ? Quelle drôle d’impression que ce nom là… C’est un nom de fables, de contes et de renards déjoués. On sait tous que la tortue arrive première devant le Lièvre, ce grand favori pourtant si sûr de sa victoire. Mais qui est donc cet animal si familier à notre imaginaire ? 

On pourrait commencer par dire : c’est un très grand lagomorphe, avec de très grandes oreilles, et de grandes pattes. Un grand lapin, alors ? Non, les lièvres n’ont rien à voir avec les lapins de Garenne (Oryctolagus cuniculus). Ces derniers sont bien plus petits, ont une silhouette ramassée, les yeux foncés et vivent en famille dans des terriers. Les Lièvres sont de grands escogriffes, ont les yeux plus clairs et ils ont un quotidien plutôt solitaire. A celà s’ajoute qu’ils ne creusent pas de terriers ! Mais leur caractéristique la plus frappante reste bien entendu leurs très grandes oreilles dont les extrémités sont marquées de noir. 

Les Lièvres sont des animaux élancés taillés pour les records de vitesse. Leur agilité lors de la fuite – ils virent sans hésiter à angle droit – complète leur rapidité extraordinaire déjà décourageante : 60 km/h en ligne droite avec des pointes à 70 km/h ! Ils peuvent maintenir cette course effrénée pendant un quart d’heure.  Seuls les loups et les lynx sont de véritables prédateurs naturels pour les lièvres adultes. Les renards ne sont pas assez rapides. 

En outre, leurs longues pattes arrières sont très musclées et leur permettent de faire des bonds de deux mètres – en longueur comme en hauteur. 

Les lièvres d’Europe ont fait le choix du risque maîtrisé, entre camouflage et réactivité. Ils sont extrêmement rusés et tirent parti de leur parfaite aisance sur leurs territoires qu’ils connaissent dans les moindres détails. Ils savent par exemple brouiller leur propre piste.

Attention cependant à ne pas les confondre avec le Lièvre variable (Lepus timidus) ! Ce cousin qui ressemble à première vue plus au Lapin de Garenne qu’au Lièvre brun n’est en réalité pas moins qu’un lièvre très très prudent. Sa transformation hivernale en témoigne, puisqu’il devient blanc comme neige – ou presque – en hiver ! Il garde juste ses triangles noirs au bout des oreilles… En France, ce lièvre bien particulier ne se rencontre que dans les Alpes. 

Le Lièvre d’Europe disparaît dans le paysage sans grand effort

Promenade au clair-de-lune


Le Lièvre d’Europe est un amoureux des cueillettes nocturnes. Discret et solitaire, ce silencieux promeneur suit chaque nuit le même parcours qu’il a soigneusement balisé de son odeur. C’est un animal sédentaire qui a besoin de ses repères et qui y tient particulièrement. Les lièvres en exil, à la recherche d’un territoire, sont bien plus exposés que ceux qui, maîtres de leur domaine,  réagissent sans hésiter face aux situations dangereuses. Le Lièvre partage sans mal son territoire avec d’autres individus du moment qu’il se sent à l’aise et qu’il a ses chemins attitrés. On reconnaît aisément ces «coulées» qui ne sont rien d’autre que le témoignage des petites habitudes du Lièvre, passant jour après jour aux mêmes endroits.  

Photo : le lièvre accueilli en décembre

Solitaire, le Lièvre ? Oui, mais pas tout à fait. Chaque nuit, selon un protocole immuable, tous les lièvres fréquentant une même étendue se retrouvent ensemble sur un terrain dit de «zone de gagnage». À première vue, cette réunion tranquille est tout simplement un dîner collectif. Mais plus encore, c’est une réunion sociale où chaque lièvre peut, nuit après nuit, reconnaître et se faire reconnaître par les autres. Ce lien tacite permettra à chaque membre de jouer un rôle au moment des amours. Car on l’a dit, les Lièvres sont rassurés dans leur petit monde et méfiants à l’endroit des étrangers. Pour autant, la densité de lièvres dans un milieu parfaitement adapté montre la grande tolérance de ceux-ci quant à partager un même territoire. 

Le Lièvre a besoin d’une nourriture variée, ce pourquoi les monocultures et cultures intensives lui sont défavorables, particulièrement en hiver. Il n’arrache pas l’herbe mais la coupe avec ses dents, comme tous les lagomorphes. Autre trait commun à ceux-ci, la cæcotrophie : la nourriture une première fois digérée est excrétée sous forme de petites boulettes molles recouvertes de mucus, qui sont immédiatement réabsorbées. Cette double digestion permet d’enrichir la nourriture (notamment en vitamine B) et d’en assimiler toutes les qualités.   

Photo ci-dessus : © Frédéric Desmette/Biosphoto

Le Lièvre, la Hase et les Levrauts

 

Au printemps et à l’automne, les Lièvres bouleversent leurs horaires et redécouvrent la lumière du jour autrement que tapis sur le sol. C’est le temps du bouquinage et des petits lièvres. Les Lièvres enhardis se coursent nuit et jour. Oubliant leur prudence coutumière, on peut les voir bondir en tous sens et se battre âprement. Dressés sur leurs pattes arrières, ils se font face pour se menacer en moulinant avec les pattes avant. Ces combats faits de morsures et coups de griffes doivent départager les mâles. Une fois le couple formé, la Hase gardera à distance son prétendant aussi longtemps qu’elle le jugera nécessaire, à coup de pattes bien sentis. Une hase courtisée peut aussi choisir de semer toute sa suite. Toujours est-il que cette “folie” saisonnière a inspiré la fameuse expression “Mad as a March hare”- fou comme un lièvre de mars – et le fameux Lièvre de mars dans Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Photo ci-dessus : les levrauts arrivés le 12 janvier


Les deux périodes de reproduction s’étendent entre janvier et octobre, et grâce à la superfœtation, les hases peuvent avoir quatre portées par an au lieu de deux. Peu de temps avant la naissance de la première portée, elles peuvent de nouveau être fécondées et pendant quelques jours, deux gestations à des stades différents se développent séparées dans les deux cornes utérines. Cette étonnante capacité serait-elle liée au destin de bête traquée qui est le lot de tout levraut depuis toujours ? D’autant que les portées sont peu prolifiques, (2,6 en moyenne pour les hases françaises). Dans l’imaginaire collectif, les mythologies, la religion, le Lièvre est un animal poursuivi et qui craint toujours pour sa vie. Il nous fascine par l’intensité de ses attitudes, par les risques qu’il prend en dépit de tout. Par sa prudence aussi, qu’il transfigure en témérité et confiance en lui. Il fuit le jour pour le couvert de la nuit mais n’a pas peur des grandes étendues ouvertes et sans refuges. Il ne creuse pas de terrier et s’aplatit simplement au sol pour devenir invisible. Une posture pour tromper la mort ?

Après 41 jours de gestation, la Hase donne naissance à ses levrauts à ciel ouvert. La mortalité juvénile varie donc en fonction des conditions climatiques. Chose remarquable, à leur naissance leurs yeux sont déjà ouverts, leur pelage est gris et ils sont capables de se déplacer. Leur mère ne leur rend une courte visite qu’une fois par jour pour les nourrir. Les portées se séparent d’elles même pour multiplier les chances d’échapper aux prédateurs. A peine un mois plus tard ils sont bien sevrés et tout à fait livrés à eux-mêmes. Leur croissance est extrêmement rapide si bien qu’il est souvent impossible de distinguer un jeune de l’année d’un adulte.  

Photo : le levraut le 28 janvier

Des visiteurs bien timides

Au centre de soins, nous avons réceptionnés plusieurs lièvres dernièrement. Celui de décembre n’a effectué qu’un petit passage de remise en forme après avoir été récupéré sur un chantier. Cet animal aux yeux inquiets et aux grandes oreilles rabattues figurait alors l’exacte réplique du célèbre Lièvre d’Albrecht Dürer ! Relâché dans un espace adapté, il faut souhaiter qu’il aura su y prendre ses marques, les lièvres aimant peu les déménagements forcés. 

En janvier nous avons pu cette fois-ci être complètement charmés par deux très jeunes levrauts : délogés par un chien de chasse, ils n’étaient pas du tout sevrés. Notre équipe s’est mobilisée pour biberonner ces deux petits aussi adorables que fragiles. L’un d’eux est malheureusement mort. La mortalité liée aux diverses maladies chez les lièvres est élevée. Le second levraut est quant à lui sur la bonne voie et a déjà bien grandi depuis son arrivée, le 12 janvier. Cette semaine il commence ainsi a manger de la nourriture solide ! Si tout se passe bien, il restera en soins jusqu’à être prêt au transfert en enclos de réhabilitation à la vie sauvage, puis il sera relâché dans son milieu. 

Albrecht Dürer, Jeune lièvre, 1502.