Brochette de buse

Le 4 février dernier, nous a été déposé le 154 ème animal de l’année 2018, une buse variable (Buteo buteo). Trouvée au bord de la route, elle a probablement été heurtée par un véhicule : elle présente une vigilance diminuée, une hypothermie à 37,8°C (la température normale des oiseaux est très élevée, au-delà de 40°C en moyenne), une fréquence cardiaque anormalement lente, des mouvements respiratoires augmentés ainsi que du sang dans la cavité buccale. Le traumatisme est multiple, ayant touché au moins le crâne et l’appareil respiratoire.

La buse est donc placée dans un premier temps en couveuse à oxygène et réchauffée, de manière à la stabiliser avant de lui faire subir un examen clinique plus approfondi. Après une demi-heure environ, son état s’est amélioré et il est possible de l’examiner. Elle présente un bon état corporel, ce qui nous indique que le traumatisme est très récent car elle n’a pas encore subi les conséquences d’une privation de nourriture. A 724gr, il s’agit d’un animal de petit gabarit et donc probablement d’un mâle, les mâles étant en moyenne plus légers que les femelles. A la palpation de l’aile gauche, on note une fracture ouverte du tiers distal de l’humérus. L’état de la fracture confirme que le choc est récent : l’aspect de l’os est très propre, il est parfaitement conservé et les abouts fracturés ne sont pas apparents. Cette buse est une très bonne candidate à une intervention chirurgicale visant à réparer la fracture, mais il faut d’abord la préparer à cette épreuve.

Durant les cinq jours suivants, elle reçoit des anti-inflammatoires ainsi que des antibiotiques. Un bandage stabilise l’aile et contribue à réduire la douleur liée à la fracture. Elle mange avec appétit les poussins entiers qui lui sont proposés. Une première série de radiographies (photo 1) est effectuée de manière à choisir au mieux le matériel chirurgical.

Photo 1 : Radiographie préopératoire

Le 9 février, c’est le grand jour : la buse est mise à jeun, puis perfusée par le biais d’un cathéter placé dans la veine jugulaire. Elle reçoit une dose de myorelaxant pour éviter la rétraction musculaire ainsi qu’une dose de morphinique afin que l’opération se déroule le plus sereinement possible. Le suivi anesthésique est assuré par une étudiante vétérinaire qui surveillera les fréquences cardiaques et respiratoires, ainsi que la température durant les deux heures que durera l’anesthésie (photo 2).

Photo 2 : Préparation du site chirurgical

La plaie est tout d’abord nettoyée, puis agrandie de manière à atteindre le site de fracture. Les deux abouts osseux sont mis en évidence puis un clou chirurgical est introduit à l’intérieur de la partie haute de l’humérus, et enfoncé jusqu’au coude en faisant attention à ne pas léser les tendons (schéma 1). Le clou est ensuite replié, puis la plaie suturée. Trois broches sont placées perpendiculairement à l’os. Ainsi, l’on a disposé deux tiges de part et d’autre du site de fracture. Il reste à les solidariser par une résine qui stabilise l’ensemble et permet une immobilisation parfaite.

Schéma 1 : Montage chirurgical

Après un réveil sans encombre en couveuse, elle subit des radiographies de contrôle pour vérifier le bon emplacement des broches (photo 3). Pendant les premiers jours qui suivent l’opération, un antiseptique local en gel est appliqué au point d’entrée de chaque broche. La buse continue de recevoir ses médicaments et ne semble pas gênée le moins du monde par le montage puisqu’elle se perche déjà (photo 4)!

Photo 4 : Buse n°18/154 en hospitalisation

Photo 3 : Radiographie postopératoire

 

 

 

 

 

 

 

 

Des radiographies de contrôle à J15 (photo 5) sont réalisées et montrent l’absence de signes d’infection osseuse. Pour stimuler la cicatrisation au fil des semaines, il va falloir petit à petit recréer du mouvement en séparant les différentes parties du montage. On commencera par séparer le clou des broches en créant une ouverture sur la résine. Puis, si le site de fracture montre une bonne calcification à la radio, on pourra retirer la semaine suivante les broches et la résine, puis le clou à l’intérieur de l’os une semaine plus tard. Lorsque tout sera retiré, la buse pourra être placée en volière de réhabilitation pour se remuscler, puis relâchée après un mois d’exercice.

Photo 5 : radiographie de contrôle à J15