Des bécasses portant bien leur nom !

Bécasse des bois (Scolopax rusticola)

 

La Bécasse des bois (Scolopax rusticolaest une espèce dite « de passage ». Au CEDAF, nous ne recevons les bécasses qu’à deux périodes bien précises de l’année, lors de leurs migrations d’aller et de retour : en novembre quand elles rejoignent le pourtour méditerranéen pour passer l’hiver, en mars quand elles se rendent en Europe du Nord pour nidifier. A ces occasions, nous avons pu recevoir jusqu’à une dizaine d’individus en l’espace de deux semaines, tous pour des chocs frontaux. Pourquoi ?

 

 

 

 

 

Il faut savoir que les bécasses sont des animaux dont les yeux sont placés en position très latérale

Cela leur permet d’avoir un champ de vision extrêmement large, y compris vers le haut, ce qui est un avantage quand on est une proie, mais en contrepartie le champ de vision binoculaire (qui permet la vision du relief) est restreint à 4,5° seulement sur l’avant. Par conséquent, ces animaux apprécient très mal les distances. Lorsqu’ils sont au sol cela ne leur pose pas de problème, mais en période de migration, en vol de nuit et attirés par les lumières de la ville pour un temps de repos, les chocs contre les bâtiments sont très nombreux.

Suivant la zone du corps qui subit l’impact, les bécasses présentent des lésions du crâne, du bec, des yeux, des épaules, du bréchet, voire de la colonne vertébrale par transmission de l’onde de choc.

Dès l’examen d’admission, leur prise en charge est très particulière : elles figurent en effet parmi les oiseaux les plus stressés reçus au centre et peuvent réellement mourir de stress. Il faut donc être particulièrement vigilant, au cours de l’examen, à les manipuler le plus rapidement et efficacement possible. Leur bec très impressionnant mais absolument pas dangereux, est par ailleurs très fragile, surtout à son extrémité riche en terminaisons nerveuses qui lui permettent de détecter ses proies dans le sol.  

Administration par voie orale chez une bécasse

 

Ces animaux arrivent assez souvent déshydratés et dénutris après être restés un moment étourdis au sol et incapables de s’alimenter. De plus, la migration est épuisante. Il faut par conséquent commencer par les réhydrater, en manipulant avec une extrême précaution leur bec.

 

 

 

 

Consommateurs presque exclusivement de lombrics, les nourrir en hospitalisation est un véritable challenge. Par chance, nous disposons d’un composteur riche en vers de terre qui font leur bonheurPar ailleurs, l’hospitalisation en petit groupe (de 5 à 6 individus, comme pour leur migration) permet de considérablement réduire leur stress.

L’hospitalisation doit néanmoins rester la plus courte possible. Les contrôles vétérinaires sont très réguliers pour ne pas perdre de temps et transférer les animaux en réhabilitation dès que cela est possible. Parfois, si une bonne capacité de vol a pu être constatée en hospitalisation, le relâcher se fait sans même un passage par la case volière.  

 

En ce mois de novembre, pratiquement toutes les bécasses arrivées présentaient des troubles ophtalmologiques. Certaines présentaient de très gros hématomes au niveau des conjonctives, d’autres des ulcères cornéens (plaie peu profonde sur la première épaisseur de l’œil) mis en évidence par un test à la fluorescéine.

 

Dans tous les cas, le traitement de ces lésions nécessitait une administration très fréquente de collyre afin d’obtenir une cicatrisation rapide.

Administration de collyre

 

 

A cette heure, déjà cinq bécasses reçues ont pu être relâchées en milieu forestier où l’humus grouille de vers.