La prédation sur les passereaux

La prédation, qu’elle soit effectuée par d’autres animaux sauvages ou par nos compagnons à quatre pattes, est un motif d’admission plutôt fréquent au CEDAF :en 2017, au moins 8% des animaux reçus l’ont été pour cette raison. Chez les passereaux, le principal responsable est souvent le chat domestique : ces oiseaux extrêmement rapides ne peuvent être attrapés que par un chasseur doué de très bons réflexes comme le chat. Le plus souvent, les oiseaux sont quand même pris au dépourvu, s’agissant de juvéniles encore peu expérimentés ou bien d’oiseaux adultes en train de s’alimenter aux mangeoires ou de couver.

En cas de prédation, nous sommes amenés à faire face à des situations extrêmement variées à l’admission:

>> L’oiseau n’a rien du tout et le chat l’a tout au plus malmené: c’est souvent ce qui est cru par le découvreur car les deux protagonistes ont été observés non loin l’un de l’autre et on pense qu’il n’y a pas eu d’attaque.C’est malheureusement la situation la moins rencontrée, l’agression ayant souvent eu lieu avant l’arrivée du découvreur.

>> L’oiseau a perdu des plumes: c’est un réflexe salvateur des passereaux qui leur permet de laisser des plumes dans la gueule du prédateur (qui, de surprise, lâche souvent sa proie) et de s’échapper. Ce n’est cependant qu’une demi-victoire car s’il s’agit de plumes de couverture, l’oiseau a parla suite beaucoup plus de difficultés à se réchauffer; et s’il s’agit des plumes de queue (rectrices), ses capacités de vol étant réduites, il peut très rapidement être prédaté de nouveau. Ces oiseaux sont souvent hospitalisés longtemps de manière à récupérer un plumage optimal avant le relâcher.

>> L’oiseau présente des plaies multiples: elles sont souvent très difficiles à détecter car punctiformes, à cause de l’impact occasionné par les dents ou les griffes très pointues des chats. Ceux-ci ayant naturellement des bactéries pathogènes dans la cavité buccale et les passereaux étant de petite taille, les lésions occasionnent très facilement un passage sanguin de ces germes entraînant une septicémie fatale. Les oiseaux présentant ce genre de lésions doivent alors recevoir des soins locaux ainsi qu’une antibiothérapie (ce qui n’est pas toujours simple à administrer compte tenu de leur petite taille), et ce jusqu’à cicatrisation.

>> L’oiseau présente des hématomes:

sous les coups de pattes ou après avoir été projeté au sol, l’oiseau peut présenter des hématomes sur toutes les parties de son corps .

Ils engendrent de la douleur, et s’ils sont localisés sur le crâne peuvent être fatals.

>> L’oiseau présente des fractures:

Sur les membres, les os sont si petits et si peu couverts de tissu musculaire qu’il s’agit souvent de fractures ouvertes impossibles à réparer.

Il arrive parfois que la fracture soit fermée et des bandages peuvent éventuellement être posés pour permettre la cicatrisation .

Sur le tronc, qu’elles concernent le bréchet ou les épaules, il s’agit le plus souvent de fractures occasionnées après avoir été projeté au sol. Il est souvent difficile d’établir un pronostic de relâcher à l’admission car des lésions parfois très graves sur les radiographies peuvent néanmoins conduire à un relâcher.

Les passereaux restent des oiseaux très fragiles: en l’absence d’antibiothérapie ou d’analgésie, l’issue peut rapidement être fatale et il est par conséquent essentiel que ces individus reçoivent au plus vite des soins appropriés. De la même manière, leur métabolisme est tellement élevé qu’en l’absence de prise de nourriture très régulière, l’animal peut mourir de dénutrition. Leur petite taille est également un challenge en hospitalisation car le stress occasionné par les manipulations occasionne une mortalité relativement fréquente chez ces espèces.

Heureusement, un bon nombre d’oiseaux peut être soigné et nombreux sont ceux qui retrouvent la liberté. Pour éviter la prédation, il n’est pas conseillé de nourrir les oiseaux hors période de grand froid ou de canicule car ces lieux de nourrissage font aussi de très bons lieux de chasse pour les chats. Par ailleurs, des systèmes de colliers élastiques très colorés ou dotés de clochettes permettent d’avertir les oiseaux de l’arrivée de notre petit prédateur, sabotant ainsi toutes ses tentatives de chasse.