La prise en charge du martinet, la star de l’été

Un avion de chasse miniature

Du haut de sa quarantaine de grammes, le martinet noir (Apus apus) est un petit oiseau pourtant doté d’une envergure de plus de 40 centimètres (photo 1) : son vol complexe enchaîne battements rapides et glissades planées pouvant aller jusqu’à plus de 100 km/h. Avec ses toutes petites pattes (photo 2) et ses très longues ailes, il est très peu à l’aise au sol (au point de ne pas pouvoir redécoller s’il est tombé sur un sol couvert de végétation : un martinet trouvé dans ces conditions peut parfois repartir directement s’il est placé en hauteur) et fait tout en vol, y compris dormir en profitant des courants d’air chaud ascendants. Ses plumes de vol doivent par conséquent être dans un état proche de la perfection, et son plumage de couverture doit être irréprochable pour éviter toute déperdition de chaleur à haute altitude.

Le maintien d’un plumage irréprochable en hospitalisation est donc une condition sine qua non à sa survie après relâcher : les cages à barreaux sont à proscrire sous peine de déstructurer complètement le plumage ! Ils sont hospitalisés dans des boîtes à parois pleines (photo 3), avec un fond en tissu changé plusieurs fois par jour pour éviter toute souillure des plumes. Pour toute manipulation, le lavage des mains voire le port de gants est indispensable pour éviter de graisser les plumes.

Photo 3 : Boite d’hospitalisation

Un chasseur hors pair

Photo 4 : Bec de martinet

 

Les repas aussi se font en vol : il se nourrit de plancton aérien, de micro insectes de moins d’un centimètre de longueur qu’il ingère en gardant sa gueule ouverte, qu’il a très large malgré un bec de très petite taille (photo 4). Sa salive très collante facilite les captures. En phase de nidification, il réalise de petites balles d’insectes qu’il stocke dans son jabot (la première partie de l’œsophage extensible) avant de les régurgiter à ses petits. Il peut consommer ainsi jusqu’à 20 000 insectes par jour !

En hospitalisation, il est par conséquent indispensable de les nourrir à la main car les juvéniles comme les adultes sont parfaitement incapables de se nourrir spontanément. Il peut être très compliqué de les nourrir puisqu’il faut leur ouvrir le bec sans forcer (risque de fracture important) afin de leur donner au minimum les cinq repas journaliers qui leur sont nécessaires pour obtenir une prise de poids régulière et un développement optimal. Il est impératif de les nourrir avec des insectes uniquement car ce sont les seuls aliments adaptés à leur tube digestif. Avec tout autre aliment, la paroi musculaire de l’estomac s’atrophie et ils deviennent incapables de digérer les insectes en vol une fois relâchés. Par ailleurs, les autres aliments sont carencés en vitamines et en oligo-éléments, pouvant entraîner des fractures spontanées des membres ainsi que des barres de stress puis fracture de plumes (photo 5).

Photo 5 : Malformations de plumage consécutive à une malnutrition

 

Une période de prise en charge bien contrôlée

Cette star de l’été ne passe que quelques mois en France : ils partent de l’Afrique sub-saharienne vers mi-avril pour rejoindre l’Europe où ils se reproduisent tous les ans au même endroit. Une fois les juvéniles prêts (après 20 jours d’incubation puis 40 jours d’élevage des jeunes au nid), ils repartent tous brutalement : dès la 1ère quinzaine d’août en Ile de France, au tout début de l’automne dans le midi.

Par conséquent, lorsqu’on reçoit des martinets, il est essentiel de surveiller le calendrier : les relâchers tardifs ne pourront se faire qu’en les emmenant dans le sud de la France pour qu’ils puissent rejoindre d’autres individus. Le passage de l’hiver est presque impossible en captivité, et réservé à des centres très spécialisés.

Nourrissage de martinet en centre de soin

Pour toutes ces raisons, la prise en charge des martinets ne s’improvise pas : si vous trouvez un martinet et que vous voulez tout faire pour qu’il puisse être relâché, merci de le confier au centre de sauvegarde le plus proche.