Le coin du véto : La prise en charge des juvéniles au CEDAF

Le printemps et l’été sont les périodes où le niveau d’activité explose au CEDAF : en plus des animaux classiquement reçus toute l’année, il faut ajouter l’afflux massif de juvéniles en détresse qui nous sont déposés quotidiennement. Suivant l’âge et l’espèce, la prise en charge n’est pas exactement la même.

Un challenge presque impossible sur les très jeunes individus

Certains jeunes animaux nous sont déposés très peu de temps après leur naissance. Pour eux, la substitution des parents par du personnel soignant est pratiquement impossible, et ce pour diverses raisons.

Les canetons de Canard colvert (Anas platyrhynchos) sont très vite débrouillards dans la nature : à peine sortis de l’œuf, ils sont capables de suivre leur mère et de manger seuls. Ils restent néanmoins dépendants de leur mère pour une chose : le repos. En effet, sans adulte, ils finissent par mourir d’épuisement, alors que la présence de leur mère les calme et leur permet de se reposer. Au CEDAF, nous utilisons la grande tolérance des mères vis-à-vis des juvéniles : dans la nature, lorsqu’une mère part chercher de la nourriture, il lui arrive de laisser ses petits en garderie à une autre cane. Nous avons ainsi profité de deux canes adultes reçues au CEDAF pour des rémiges (plumes de vol) cassées : étant donné qu’elles devront rester plusieurs mois jusqu’à la prochaine mue, leur séjour a simplement été agrémenté d’une dizaine de petits canetons orphelins, heureux de trouver une mère d’adoption (photo 1). Au départ, on présente les petits à celle-ci en les plaçant dans une cage grillagée déposée dans la cage de la cane. Puis, une fois qu’elle s’est habituée à eux, les petits sont libérés. Et la « mère » va jusqu’à les protéger contre nos manipulations ! Avec cette technique, ils ont une croissance extraordinaire, presque aussi rapide que dans la nature.

Les très jeunes Hérissons européens (Erinaceus europaeus) de moins de 3 semaines sont aussi un cas problématique car ils reçoivent du colostrum pendant très longtemps : la mère leur transmet ainsi des anticorps essentiels pour se défendre ensuite face aux maladies. S’il est facile de les biberonner et de les élever jusqu’à un poids de 300-400g, par la suite les juvéniles reçus trop tôt tombent pratiquement tous malades. L’idéal est qu’ils continuent d’être allaités par une mère, et c’est ce qui est fait au CEDAF : nous avons eu la « chance » de recevoir une mère ayant mis bas chez nous, ainsi qu’une mère avec ses trois très jeunes bébés. Ces deux mères ont pu « adopter » d’autres petits qui nous ont été déposés à un poids d’environ 50g. L’adoption se passe très bien et les petits allaités prennent du poids régulièrement (photo 2).

Un dernier cas très problématique concerne les tout jeunes faons de Chevreuil (Capreolus capreolus): ceux-ci sont souvent ramassés à tort par les promeneurs bien intentionnés qui pensent que le petit est en détresse. En réalité, la mère cache son petit dans les hautes herbes et ne vient le voir que pour les tétées. Après de telles captures, l’examen clinique du petit ne révèle souvent aucune anomalie (photo 3). A l’état sauvage, les faons ont besoin de leur mère jusqu’à 6 mois environ et la transition entre lait et alimentation solide se fait en ensemençant leur tube digestif par ingestion des selles de la mère. Il est ainsi très difficile pour les centres de sauvegarde de relever ce challenge et d’amener le petit jusqu’à l’âge de l’émancipation. Sa meilleure chance de survie est la remise sur le lieu de la découverte la plus rapide possible afin que la mère le retrouve et s’en occupe à nouveau (peu importe qu’il ait été touché par l’Homme).

Photo 3 : Examen clinique sans anomalie d’un jeune faon de chevreuil

Des jeunes à prendre en charge de manière intensive

Pour les individus un peu plus âgés, la prise en charge au CEDAF nécessite une implication sans faille de la part de nos bénévoles : biberonnages toutes les 3h, nuits comprises pour les petits mammifères (photo 4), nourrissages toutes les 15 à 20min du lever au coucher du soleil pour les petits oiseaux (photo 5). Le type d’aliment ainsi que l’hygiène sont des éléments primordiaux pour parvenir à élever ces jeunes encore très fragiles. D’un point de vue développement comportemental, il est par ailleurs essentiel qu’ils soient élevés avec d’autres petits de la même espèce, ce qui explique pourquoi il est aussi important de ne pas s’improviser soigneur et de les confier à des structures spécialisées.

 

Des adolescents pratiquement émancipés

Enfin, beaucoup de jeunes oiseaux nous sont déposés car, pour les découvreurs, ils semblent trop petits pour être déjà émancipés. En réalité, un certain nombre d’entre eux sont pratiquement entièrement emplumés et suivent déjà les parents dans la recherche de nourriture. Ils leur réclament cependant encore à manger, l’autonomie alimentaire apparaissant après l’apprentissage du vol. Ces individus ne sont pas à prendre en charge hormis danger immédiat. S’ils sont déposés à ce stade au CEDAF, nous les nourrissons jusqu’à ce qu’ils comprennent comment s’alimenter seuls. La nourriture est alors simplement mise à disposition et on vérifie que la prise de poids est régulière dans les jours suivants. Après cette étape, ils passent en phase de réhabilitation en volière (photo 6) pour faire de l’exercice avant la remise en nature.

Photo 6 : Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) juvénile autonome en volière de réhabilitation