Le corps marrant du Cormoran

Le 20 septembre, nous a été déposée une espèce plutôt rare au CEDAF, un Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo) retrouvé dans une zone industrielle de Seine-et-Marne. A l’examen clinique, il est un peu maigre et modérément déshydraté, mais il présente surtout une atteinte du coude droit : de petites plaies sont présentes sur l’avant-bras, et l’articulation entre radius et humérus présente une mobilité anormale. Une luxation du coude suite à une prédation par un carnivore domestique est suspectée.

Les premiers soins sont à faire avec une extrême précaution pour les manipulateurs : il s’agit d’une espèce piscivore dont le bec peut être dangereux puisqu’il a tendance à viser les yeux (dont l’aspect brillant rappelle celui des poissons dans l’eau). Par ailleurs, comme il ne possède pas de narines (photo 1), il faut toujours maintenir le bec en position ouverte pour ne pas risquer d’asphyxier l’animal durant une manipulation longue.

Photo 1: Bec sans narine du Grand Cormoran

 

Dans un premier temps, le cormoran reçoit une réhydratation par voie orale, des soins locaux ainsi qu’un bandage en 8 qui maintient l’aile en place (photo 2), des anti-inflammatoires pour gérer sa douleur ainsi que des antibiotiques puisqu’il peut s’agir d’une prédation. Tous les traitements par voie orale sont à donner avec beaucoup de précaution car la poche extensible dont il est doté sous le bec rend le risque de fausse route accru. Par ailleurs, il a au départ quelques difficultés pour s’alimenter, et on le comprend : pour un grand pêcheur tel que lui, faire face à des poissons décongelés qui ne nagent pas est plutôt déroutant !

Photo 2: Bandage en 8 maintenant l’aile droite refermée en position physiologique

 

Des radiographies sont réalisées (photo 3): il ne s’agit finalement pas d’une luxation mais d’une fracture transverse très proximale du radius. De petites esquilles ont été projetées à distance, ce qui laisse suspecter qu’il s’agit probablement d’un animal ayant été victime d’un plomb. Le fragment osseux séparé est trop petit pour réaliser une opération permettant de remettre parfaitement en place les deux segments. L’aile est donc maintenue en place avec le bandage jusqu’à cicatrisation osseuse. Entre-temps, le cormoran a compris comment s’alimenter et engouffre 400g de poisson par jour, ce qui lui a permis de remonter en poids.

Photo 3: Radiographies de l’aile droite

 

Par contre, le bandage a créé une petite striction sur le patagium qui est la membrane reliant l’épaule, le coude et le poignet. Des séances de physiothérapie avec massage du patagium (photo 4) sont mises en place pour redonner de l’élasticité à l’aile.

Photo 4: Massage du patagium

 

Dans moins d’un mois, si l’extension de l’aile le permet, notre ami piscivore pourra retrouver la liberté.