Le Pouillot fitis

Nom commun : Pouillot fitis

Espèce : Phylloscopus trochilus

Poids : 7 à 15 grammes

Taille : 11 à 13 centimètres

Envergure : 17 à 22 centimètres

Longévité : record observé de 10 ans et 3 mois.          

Habitat : taillis, buissons, jeunes plantations,  milieux boisés très divers, humides.

Régime alimentaire : Insectivore éclectique, il ne dédaigne pas non plus les araignées. 

Illustration : © Marianne Ory

Le petit oiseau des saules

Phylloscopus vient du grec phyllon « feuille », et skopeo signifiant « regarder » ou « voir » ; Trochilus se traduit par « roitelet ». Quant au nom vernaculaire « Pouillot»,  il est issu du latin pullus « petit d’un animal ». Les pouillots sont en effet de petite taille et leur nom de genre décrit précisément leurs moeurs alimentaires puisqu’ils cherchent leur nourriture dans les arbres et les feuillages qu’ils examinent en quête d’insectes. En espagnol, on l’appelle Mosquitero musical, littéralement « mangeur de moustiques musical » et en anglais Willow Warbler, la « fauvette des saules ».

C’est un oiseau pour le moins discret. De couleur brun olive sur le dessus, le ventre est jaune pâle et se dégrade tout en douceur sur la gorge et les joues. La caractéristique principale du Pouillot fitis réside dans ses délicats sourcils crème. Mâle et femelle sont identiques, mais les juvéniles sont bien plus jaunes sur le dessous. D’autres individus encore sont d’une teinte générale plus grise. Généralement les pattes sont claires, mais elles sont parfois sombres comme celles du Pouillot véloce. La queue est étroite et coupée droite. Côté plumes, ce ne sont pas tous les passereaux qui, comme le Pouillot fitis, effectue deux mues annuelles complètes ! Hormis les couples nichant trop peu de temps avant la migration, les pouillots fitis changent l’intégralité de leur plumage non seulement en hiver mais également après la nidification, ce qui leur permet de partir vers l’Afrique avec une voilure exemplaire. 

Le Pouillot fitis est un peu l’archétype du petit oiseau vert qui s’agite dans les buissons. Les pouillots sont très nombreux et variés mais tout aussi difficiles à différencier. L’identification tenant parfois à une teinte plus ou moins marquée, elle est encore compliquée par les variations dues à l’âge – les jeunes pouillots fitis sont par exemple plus jaunes que les adultes – ou à l’état du plumage dont la couleur générale se trouve affectée par l’usure. 

Photo : ©Julien Dubignard

Comme deux gouttes d’eau

A l’origine des confusions les plus fréquentes, on retrouve les Pouillots véloce, de Bonelli et siffleur. Couleur du dos, du ventre, du croupion, marques des ailes et tonalité des pattes… En fait, plutôt que les critères morphologiques, c’est l’écoute attentive et comparée des chants qui départage tous ces faux-frères. A savoir que le Pouillot fitis comporte lui-même trois sous-espèces.

Photo : © Eric Ory

Flûtiste de l’été 

Paléarctique répandu, le Pouillot fitis est un nordique dont l’aire de répartition couvre les zones tempérées et froides d’Eurasie (il évite la zone méditerranéenne). En France, le Pouillot fitis niche dans les deux tiers nord-est, mais on le rencontre aussi sur sa route migratrice. On pourra ainsi le rencontrer en Camargue de fin juillet à octobre, après la période de nidification. Plus on va vers le sud et plus la densité de nicheurs décroît, à savoir également que ceux-ci ne s’installent pas à plus de 1300 mètres d’altitude. Leur présence est dense dans les zones de reproduction. S’ils savent se contenter d’une petite superficie pour s’installer, les pouillots sont néanmoins rares en ville. 

Le Pouillot fitis migre en traversant le Sahara et hiverne jusqu’en Afrique du Sud. Après la saison d’hivernage passée en Afrique subsaharienne, les pouillots fitis remontent vers le nord. Ils sont visibles dans le Sud de la France dès mars et arrivent sur leurs territoires de reproduction en avril et mai. Les mâles effectuent le voyage bien en avance sur les femelles. On peut les entendre chanter dès lors, même pendant les étapes de migration où la densité de migrateurs est souvent élevée. Le chant du Pouillot fitis est facilement reconnaissable. Son cri est un « hu-it » doublé et agréable, son chant poignant une cascade de notes cristallines descendant la gamme. 

Le bref du Pouillot fitis

Une fois les femelles arrivées sur les aires de reproduction, la période de nidification débute, toute en discrétion. Les mâles peuvent être polygames et possèdent donc plusieurs territoires. Ce n’est pas le cas de tous les pouillots, certains restant même non appariés. À partir de la mi-mai jusque début juin, la femelle prend quelques jours pour construire seule un nid, à même le sol, remarquablement bien dissimulé dans les entrelacs de feuilles et de taillis. Ovoïde, le nid est composé de mousse, d’herbes sèches et de brindilles entremêlées. La femelle y pond environ sept oeufs blancs constellés de taches brun pâle. Elle les couve seule pendant 15 jours. Une fois éclos, les petits quittent le nid environ deux semaines plus tard, mais ne sont indépendants qu’au début du mois de juillet, période à laquelle ils se dispersent. Deux mois à peu près s’écoulent entre la ponte et la complète émancipation des juvéniles. Si les pouillots ne font normalement qu’une couvée annuelle, il est parfois observé des pontes de remplacement.

Une rareté au centre 

Selon une étude de l’agence régionale de la biodiversité, la population du Pouillot fitis à Paris a chuté de 73 % entre 2004 et 2017. Pourtant, c’est l’une des espèces les plus abondantes en Europe, mais en France on observe un déclin prononcé lié à l’urbanisation. Les zones humides et les milieux favorables reculent, les pesticides mettent à mal la biodiversité… Il en résulte que les pouillots fitis ne sont pas des pensionnaires fréquents dans nos centres de sauvegarde. Dernièrement, comme la majorité de petits passereaux que nous recevons, nous avons accueilli un pouillot fitis victime d’une attaque de chat. Resté quelques semaines en soins puis réhabilité, il a pu été relâché dans son milieu naturel.

Photo : © Marianne Ory