Tout est buse qui finit bien

Comme tous les hivers, les buses variables (Buteo buteo) se font nombreuses au CEDAF : outre les buses sédentaires qui restent en France toute l’année, nous recevons en plus les individus en provenance d’Europe du Nord qui viennent passer l’hiver dans des conditions meilleures. On peut assez facilement les voir à l’affût sur les piquets au bord des routes, prêtes à attraper leur proie ; malheureusement elles sont alors souvent les victimes d’accidents de la voie publique et peuvent souffrir de traumatismes multiples (fractures des membres ou de la colonne, traumatisme crânien).

La buse n°18/5845 déroge à ce cas classique puisqu’elle a été trouvée piégée, la tête coincée dans un grillage : un découvreur bien intentionné l’a délogée puis déposée chez nous le 20 décembre. Fortement choquée à l’admission, la buse est très hypovigilante et incapable de se redresser : lui faire subir un examen complet serait trop stressant du simple fait de la manipuler et potentiellement fatal. Il faut commencer par la stabiliser. Elle est rapidement pesée, puis un cathéter est posé au niveau de sa veine jugulaire de manière à remonter sa pression artérielle par fluidothérapie intraveineuse.

Cathéter intraveineux posé sur la jugulaire droite

Elle reçoit également des analgésiques dérivés de la morphine puis est placée en couveuse sous oxygène pour la nuit.

Le lendemain, la buse est un peu mieux et peut être examinée : elle se redresse sur ses postérieurs mais continue de garder la tête baissée. Avec un poids inférieur à 600g, il s’agit très probablement d’un mâle ; le mâle est en effet plus petit dans cette espèce comme souvent chez les rapaces. Bien que l’animal ne parvienne pas à redresser sa tête, aucun déficit moteur n’est noté sur les pattes ou les ailes ce qui signifie que la moelle épinière n’a a priori pas été lésée au cours de sa lutte pour se libérer. Ce port anormal est plutôt à relier à une douleur cervicale. Par ailleurs, la buse présente des lésions oculaires latéralisées sur l’œil droit : un ulcère cornéen* ainsi qu’un hyphéma** sont présents.

Lésions oculaires : ulcère cornéen mis en évidence par la fluorescéine (en rouge), hyphéma (en bleu)

En outre, elle présente des lésions croûteuses sur la langue : après écouvillonnage, l’examen direct au microscope permet de mettre en évidence de nombreux œufs de capillaires, un ver rond qui parasite très fréquemment la cavité buccale de ces oiseaux avec une localisation préférentielle pour la langue.

Compte-tenu de tous ces problèmes, la buse est maintenue en couveuse sous oxygène et sous perfusion pendant 3 jours supplémentaires. Elle continue de recevoir des analgésiques, couplés avec un traitement ophtalmologique contre l’ulcère (qu’il nous faut traiter avant l’hémorragie oculaire, sous peine de voir l’ulcère s’aggraver), des anti-inflammatoires ainsi qu’un antiparasitaire.

Quatre jours plus tard, une fois l’ulcère cicatrisé, l’inflammation oculaire peut être gérée avec une pommade anti-inflammatoire appliquée directement sur l’œil. La buse est transférée en salle d’hospitalisation, la perfusion est arrêtée et on lui propose des proies décongelées qu’elle mange avec appétit.

Buse en hospitalisation après stabilisation

Son état s’améliore de jour en jour : une semaine plus tard, l’inflammation oculaire a bien régressé, tout comme les lésions sur la langue.

Aspect des lésions linguales et oculaires après une semaine d’hospitalisation

Quelques adhérences persistent sur l’iris mais elles ne gênent en rien la contraction de la pupille. La buse est alors transférée en volière de réhabilitation le 2 janvier.

Trois semaines après son admission, le contrôle est très encourageant : elle vole sans heurter les perchoirs dans la volière et se perche avec assurance, malgré des cicatrices iriennes toujours présentes.

Il aura fallu moins d’un mois pour lui faire retrouver la liberté.

Relâcher de la buse n°18/5845

*ulcère cornéen : abrasion de la cornée, la couche la plus superficielle du globe oculaire
**hyphéma : sang dans la chambre antérieure de l’œil (cavité la plus en avant)