Un cygne mazouté en Ile-de-France

Fin janvier, des particuliers nous ont déposé un Cygne tuberculé (Cygnus olor) retrouvé au bord d’un étang dans lequel de l’essence avait été déversée. Comme lors d’une marée noire, les particules d’hydrocarbures se collent aux plumes de couverture : elles décollent les crochets permettant la tenue des plumes et leur font ainsi perdre leur étanchéité, fonction indispensable pour un oiseau aquatique.

Le duvet ventral se retrouve alors gorgé d’eau, la ligne de flottaison s’affaisse et l’animal doit fournir des efforts considérables pour rejoindre la terre ferme sous peine de se noyer. Sans compter qu’il a perdu son isolation thermique. Dans le cas de ce cygne, les découvreurs ont eu la « bonne » surprise de découvrir l’animal luttant pour sa survie pendant que des jeunes gens s’amusaient à lui jeter des boules de neige …

A l’arrivée au CEDAF, cette femelle d’à peine 6kg est très affaiblie. Il faudra la perfuser par voie intraveineuse pendant trois jours pour lui faire remonter la pente. En parallèle, un lubrifiant oculaire est appliqué trois fois par jour pour protéger ses yeux, et elle reçoit du charbon activé pour éviter qu’elle ne s’intoxique avec les hydrocarbures ingérés en se nettoyant les plumes. Après stabilisation, il faut nettoyer le plumage pour retirer les particules d’essence et lui redonner l’étanchéité indispensable au relâcher d’un oiseau aquatique. Pour ce faire, il faut monter une petite équipe : alors que certains se chargent des différentes étapes du processus de nettoyage, d’autres personnes tiennent l’animal, d’autres encore surveillent l’état général de celui-ci (cette procédure étant particulièrement stressante pour les oiseaux), et enfin du personnel est dédié à la gestion du matériel pour faire en sorte que le nettoyage soit le plus court possible. Toutes les personnes potentiellement en contact avec les hydrocarbures doivent avoir une tenue adaptée et des gants de protection pour limiter le risque d’intoxication, et il faut opérer dans une pièce bien ventilée.

Le processus de nettoyage se déroule en trois étapes :

  • lavage : L’oiseau est immergé dans un bain à 40°C minimum sous peine de le refroidir, la température corporelle étant plutôt à 41-42°C.

  • Un détergent adapté est déposé dans l’eau, et c’est la chaleur ainsi que l’aspersion vigoureuse sur le plumage qui permettra de décoller les hydrocarbures sans frottement (formellement interdit sous peine de déstructurer encore plus le plumage). Plusieurs bains sont nécessaires car il faut changer l’eau dès qu’elle apparaît sale. Il faut prendre des précautions particulières pour laver la tête de manière à ne pas asperger les yeux.  

  • rinçage : Cette étape est effectuée avec un jet d’eau chaude puissant. Il faut rincer jusqu’à ce que les plumes retrouvent leur structure : lorsque l’eau perle en goutte, c’est qu’elles sont redevenues imperméables.

  • séchage : Réalisé au sèche-cheveux, il faut l’effectuer le plus rapidement et efficacement possible pour faire en sorte que l’animal ne se refroidisse pas.

  • L’oiseau est ensuite placé sous lampe chauffante pour terminer le séchage si besoin. Après quelques jours d’hospitalisation supplémentaires permettant de vérifier la prise alimentaire spontanée, le cygne est placé en volière extérieure avec accès à un bassin sur lequel il fait sa toilette spontanément. Il faudra encore quelques jours de surveillance avant de le relâcher dans un endroit propice.