Un grillage qui tombe à pique !

Triste histoire que celle du hérisson européen (Erinaceus europaeus) n°19/354 : découvert en plein après-midi ce 12 mars, ce mâle adulte était pendu par les postérieurs dans un grillage et essayait désespérément de se dégager. Cet ami des jardiniers est bien souvent piégé malgré lui entre deux jardins, ou bien la tête coincée dans une boîte de conserve mal placée, blessé par des outils de jardinage (bêche, tondeuse à gazon, …) ou encore brûlé avec le tas de feuilles dans lequel il avait fait son nid. A l’approche des beaux jours, si vous devez travailler au jardin, faites attention aux boules de piquants !

A l’admission, il est en état de choc : il est sévèrement déshydraté, hypotherme à 34°C, et très fortement cachectique avec un poids de 567g seulement. Effectivement, en sortie d’hibernation, beaucoup de hérissons ont perdu jusqu’à 40% de leurs poids pré-hibernation et sont par ailleurs parasités, ce qui leur donne une apparence famélique. On les reconnaît facilement à leur forme lorsqu’ils essaient de se rouler en boule : un hérisson en bon état corporel est rond comme un ballon de football quand les individus amaigris ont plutôt la forme allongée d’un ballon de rugby.

Dans son cas, la douleur et le choc l’empêchent de se rouler en boule, son seul moyen de défense. Un examen complet sans anesthésie (ce qui serait risqué dans son cas) peut ainsi être réalisé : il présente deux plaies profondes en regard de chaque pli du grasset (= aines) à l’endroit où le grillage a fait striction, et ses postérieurs, gonflés par l’œdème, sont impossibles à palper ou à déplier. Les griffes de ses pattes antérieures sont abimées et raccourcies jusqu’à la partie innervée, probablement dans une tentative désespérée de se libérer. Il présente par ailleurs une plaie sur le front, probablement auto-infligée. Il est fortement parasité : des puces, des tiques, mais aussi des vers intestinaux (nématodes) qui sont très nombreux dans les déjections retrouvées dans sa boite de transport.

Il reçoit en premier lieu des morphiniques pour lutter contre la douleur, ainsi que des anti-inflammatoires pour réduire l’œdème et des antibiotiques par voie injectable pour éviter toute surinfection. Des antiparasitaires sont également utilisés pour éviter que les puces et les tiques ne contaminent les plaies. Il est placé en couveuse, sous oxygène et au chaud, reçoit une réhydratation par voie sous-cutanée et un plan de renutrition progressive est instauré.

Il reprend assez vite du poids mais reste incapable de se rouler en boule : le 15 mars, un examen général sous anesthésie est réalisé de manière à vérifier l’état de ses os et articulations sur les membres postérieurs. Tout étant normal à la palpation, des radiographies sont effectuées : elles ne montrent pas d’anomalie, mais il est difficile d’être catégorique sur une éventuelle luxation car il est toujours impossible de bien lui étendre les postérieurs symétriquement. Le fait qu’aucune laxité anormale ne soit présente est plutôt bon signe.

Photo 1: Radiographie de face // Photo 2 : Radiographie de profil

En parallèle au traitement médical, des soins locaux sont effectués sous anesthésie générale. Etant donné que les plaies sont toujours purulentes en date du 22 mars, on modifie la procédure de soin au profit du miel, qui a un fort pouvoir antiseptique et cicatrisant. L’animal a alors repris quasiment 150g et peut être nourri de nouveau avec une alimentation classique pour hérisson adulte.

Photo 3: Aspec t du postérieur gauche le 22/03 // Photo 4 : Aspect du postérieur droit le 22/03

Les soins locaux sont poursuivis quotidiennement sous anesthésie. Au contrôle du 4 avril, les plaies sont saines ). L’animal ne roule pas encore complètement ses pattes à l’intérieur de la boule, mais il commence à bien les utiliser pour se déplacer. Avec une reprise de presque 300g, il a quasiment atteint son poids de forme. Nous avons maintenant l’assurance qu’il est tiré d’affaire !

Photo 5 : Aspect du postérieur gauche le 04/04  // Photo 6 : Aspect du postérieur droit le 04/04

Les soins locaux au miel seront poursuivis jusqu’à cicatrisation parfaite et sa locomotion sera rigoureusement surveillée jusqu’à utilisation parfaite des membres postérieurs. Alors, enfin, viendra l’heureux temps de la réhabilitation en enclos, puis le relâcher !