Un hérisson encerclé

Un collier bien mal ajusté

Le jeune hérisson européen n°19/5593, venant de l’Eure, nous a été déposé le 11 novembre. Trouvé immobile en plein soleil deux jours plus tôt, il était en fâcheuse posture puisqu’un anneau en plastique était enserré autour de son cou et de sa patte avant droite. La striction était telle qu’il lui était impossible de s’alimenter ou de s’abreuver.

On constate à l’examen clinique d’admission qu’il s’agit d’une femelle de deux mois environ, encore non sevrée et bien maigre pour son âge. Elle est très déshydratée et présente une striction sévère compliquée d’une plaie très purulente dues à l’anneau en plastique (photos 1 et 2).
Elle reçoit sans plus attendre une injection d’analgésique et une réhydratation est mise en place, puis l’anneau en plastique est coupé sous anesthésie générale (photos 3 et 4). Il s’agit d’un anneau de bouteille (photo 5) dans laquelle le hérisson avait dû essayer de rentrer pour récupérer des restes. Ces animaux sont de plus en plus proches de l’Homme et des habitations et n’hésitent pas à utiliser les déchets comme source de nourriture, ce qui leur occasionne souvent des désagréments, parfois graves comme de se retrouver coincés dans des boites de conserve ou autre …

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Après retrait, la plaie est nettoyée : l’anneau était tellement serré que les piquants sous-jacents se sont retrouvés incarnés, provoquant de multiples abcès. Ceux-ci sont coupés à la base et les abcès vidés. Durant les jours qui suivront, la petite femelle recevra des réhydratations multiples ainsi que des injections d’antibiotiques, d’anti-douleurs et d’anti-inflammatoires. Elle sera maintenue au chaud car il lui est encore difficile à cet âge de réguler parfaitement sa température, surtout étant malade. De la nourriture adaptée à son âge lui est distribuée à volonté trois fois par jour, de manière à assurer le besoin énergétique provoqué par le processus de cicatrisation. Un antiparasitaire externe est administré pour éviter toute surinfection produite par les puces et les tiques (qui sont les compagnons habituels des hérissons), et des soins de plaie au miel sont pratiqués tous les jours.

Le 14 novembre, elle va déjà beaucoup mieux et s’alimente par elle-même. Au bout d’une semaine, elle a repris 50 grammes environ mais peine à grossir davantage, et ne parvient toujours pas à se rouler en boule du fait de l’inflammation. Au fur et à mesure des contrôles sous anesthésie, la plaie cicatrise surtout en face ventrale (photo 6) mais la face dorsale cicatrise plus lentement (photo 7) en raison des nombreux piquants incarnés. Du contenu purulent est encore visible (photos 8 et 9) jusqu’à trois semaines après l’admission. Cependant, l’animal a alors pris pratiquement 100g depuis l’examen d’entrée.

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Mi-décembre, la plaie est parfaitement cicatrisée (photos 10 et 11) : les piquants commencent même à repousser sur la cicatrice. Le petit animal ferme pratiquement sa boule, ce qui est un critère essentiel pour pouvoir être relâché puisqu’il s’agit d’un moyen de défense impénétrable pour la plupart des prédateurs. A ce stade, la prise de poids est considérable, pratiquement 100g par semaine. L’animal n’est pas encore tiré d’affaire et devra passer l’hiver chez nous, étant trop petit pour hiberner, mais son évolution est très encourageante.

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Victimes de nos déchets

Malheureusement d’autres hérissons n’ont pas sa chance : soit on ne parvient pas à les sauver même avec les soins adéquats, soit ils ne sont jamais retrouvés dans la nature et meurent coincés. Et les hérissons ne sont pas les seules victimes de nos détritus : avec le cycle de l’eau, tous les déchets que nous produisons se retrouvent à terme dans les océans. Les tortues marines avec une paille dans la narine ou des sacs plastiques dans l’estomac ne sont que des exemples marquants parmi tant d’autres.
Comment faire pour que nos déchets nuisent le moins possible aux animaux ? 
Dans un premier temps, chercher à les réduire est un objectif très important : un grand nombre d’alternatives durables existent pour lutter contre les produits jetables, comme les gourdes en inox pour éviter l’usage des bouteilles en plastique telle celle qui a failli tuer notre petit hérisson. Beaucoup de choses peuvent être réutilisées plutôt que jetées, et si l’on doit vraiment générer des déchets, autant privilégier ceux qui sont en matériau recyclable. Enfin, l’idéal serait que les déchets ne soient pas accessibles pour les animaux et qu’ils soient bien positionnés dans les contenants prévus à cet effet.
Si l’on est motivé, pourquoi ne pas s’équiper de pinces et de gants et organiser une collecte de déchets sauvages pour nettoyer son quartier, sa forêt ou sa plage ?