Un renardeau bien mal en point

Mi-avril, a débuté pour nous la saison des renardeaux : nous en avons déjà reçu une quinzaine à l’heure où vous lisez ces lignes (pour savoir s’il faut recueillir ou non un renardeau, reportez-vous à la fin de l’article !).

Le deuxième individu de l’année, reçu le 22 avril, avait bien souffert. Trouvé près d’une route par un randonneur en forêt de Rambouillet, il était très faible et ne posait pas l’antérieur gauche ce qui faisait craindre une fracture.
Le randonneur ne pouvant se déplacer, un SOS pour trouver un transporteur a été lancé sur notre page Facebook. Par chance, une étudiante vétérinaire habitant à proximité a pu l’amener très rapidement au Cedaf.

A y regarder de plus près, une sévère plaie s’étendait sur tout le côté gauche de son thorax. Arrivé en fin de journée, le petit est en état de choc : pesant à peine un kilogramme, il est fortement déshydraté et en hypothermie.
Dans un premier temps, il est mis sous perfusion et réchauffé. Le lendemain, son état est stabilisé et un premier soin de plaie est effectué sous anesthésie générale : la plaie très délabrante (photo 1) est tondue et nettoyée (photo 2).

Des tissus nécrosés sont encore présents mais il faut faire une première suture de manière à rapprocher les bords de la plaie et éviter un dessèchement des tissus sous-jacents (photo 3). Des antibiotiques et des anti-inflammatoires seront administrés pendant 10 jours.

 

Photo 4 : Un repas bien mérité !

 

Après deux jours de perfusion, il va beaucoup mieux et commence à dévorer sa nourriture comme un ogre (photo 4). Cinq jours plus tard, les tissus nécrosés se sont éliminés et laissent la plaie de nouveau béante (photo 5) mais propre : il faut reprendre la suture (photo 6). Cette fois-ci, il n’y a plus assez de peau pour refermer entièrement et il faut donc procéder à des soins locaux pour protéger ce qui reste à nu. La suture est retirée au 15ème jour (photo 7) : tout a cicatrisé, hormis un petit carré central qui nécessitera des soins un peu plus longtemps.

 

 

Le renardeau peut enfin être mis en contact avec des congénères de son âge, ce qui lui fait le plus grand bien au moral. Après une petite semaine, tout va bien et tous sont placés en enclos extérieur ; la pose d’une puce électronique permettra d’assurer le suivi de chaque individu du groupe (photo 8). Tous ces petits resteront au Cedaf pendant encore un mois, le temps qu’ils finissent leur croissance. Puis, ils seront placés dans le grand enclos de relâcher progressif que le département du Val de Marne nous a construit sur l’un de ses sites naturels protégés. Pendant environ 3 semaines, ils vivront en semi-liberté puis, la porte étant ouverte, ils pourront explorer progressivement le milieu environnant. La nourriture sera toujours servie dans l’enclos, ainsi, petit à petit, ils retourneront à l’état sauvage en toute sécurité.

Photo 8 : Renardeau (1er à gauche) en enclos avec des congénères

Recueillir ou non un renardeau ?

Dans le cas que nous venons de traiter, il s’agissait bien d’un jeune renard à prendre en charge. Mais, attention, dans de nombreux cas, le jeune qui semble en détresse attend simplement le retour de sa mère.
Par exemple, si le terrier est dérangé, elle transférera un par un ses petits vers un nouveau terrier, laissant forcément des petits sans surveillance pendant un moment.
Un juvénile en détresse est froid, appelle et peut montrer des signes de blessure ou de maladie. Si ce n’est pas le cas, il est judicieux de le laisser sur place (à condition que le lieu soit sûr, sinon il faut le déplacer à un endroit sûr peu éloigné) et de vérifier s’il est toujours là une à deux heures plus tard. Il y a de fortes chances que la mère vienne le chercher.

Dans tous les cas, s’il est pris en charge, il est impératif de le transporter vers un centre de sauvegarde afin qu’il soit élevé dans de bonnes conditions ne compromettant pas son développement comportemental : vie en groupe avec des congénères et limitation au maximum des contacts avec l’humain.
Les renardeaux sont en outre très souvent porteurs d’une maladie parasitaire (ténia) transmissible à l’Homme : il faut prendre toutes les précautions pour ne pas toucher l’animal directement avec les mains. Et attention au risque de morsure, même avec ces jeunes individus !