Une écureuil balafrée

Le 25 mars, nous a été déposé un très jeune écureuil roux (Sciurus vulgaris), tombé de son nid. Les découvreurs ont tout d’abord pensé à le remettre dans le nid, ce qui est effectivement le bon réflexe : la mère reste en effet la mieux placée pour élever ses petits. Et peu importe qu’ils aient été touchés par l’Homme, contrairement au mythe couramment répandu, elle n’arrêtera pas de s’en occuper pour autant ! Malheureusement, dans le cas de ce bébé, le nid était situé à 20 mètres du sol, ce qui rendait la tentative impossible. Par ailleurs, blessé à la face, il nécessitait une prise en charge médicale.

Photo 1: Diagnose du sexe (mâle à gauche, femelle à droite) chez les juvéniles d’écureuils

Froid et déshydraté, il est réchauffé dès son admission puis reçoit des fluides par voie sous-cutanée. Une fois stabilisé, l’écureuil peut subir un examen clinique : il s’agit finalement d’une femelle (photo 1). Avec ses yeux fermés, son pelage très court et son poids d’à peine 40g, elle est âgée d’au maximum deux semaines. Une coupure très longue pour un si petit visage s’étend du bord de la lèvre supérieure jusqu’à l’angle interne de l’œil droit : sans intervention chirurgicale, toute alimentation est impossible.

 

 

 

Photo 2: Aspect de la plaie de la face en post-opératoire

La décision d’opérer est prise malgré le risque anesthésique très important sur un individu aussi jeune : quatre points de suture seront nécessaires pour refermer complètement la vilaine balafre. Tout se passe bien, et la petite femelle écureuil désormais surnommée Ginger se réveille sans encombre (photo 2).
Toute la semaine suivante, elle recevra des antibiotiques, des anti-inflammatoires et des solutés de réhydratation en plus du lait maternisé pour chaton qui lui est apporté par biberon (photo 3) toutes les trois à quatre heures, y compris la nuit.

Photo 3: Tétée de lait maternisé pour chaton

 

Comme pour bon nombre de petits mammifères, il faut stimuler les mictions et défécations avant les repas comme le ferait la mère, et ce jusqu’à élimination spontanée.

 

 

 

 

Photo 4: Aspect de la plaie de la face après retrait des points de suture

Dix jours plus tard, les fils sont retirés et la plaie est parfaitement cicatrisée (photo 4). Bientôt, les yeux s’ouvrent. On commence alors à lui proposer du lait et de l’eau en gamelle, puis des fruits, notamment des noisettes dont ces petits rongeurs raffolent.

 

Dès qu’elle consommera spontanément des aliments solides, elle rejoindra une congénère (photo 5) reçue un peu plus tôt dans des conditions similaires. Si l’on veut pouvoir relâcher ces individus avec succès, outre la santé physique, il faut également prendre en compte le bien-être psychologique, et le regroupement entre individus de la même espèce est une condition essentielle au bon développement comportemental.

 

 

Lorsque les deux jeunes deviendront très turbulentes en cage, elles seront placées en volière à l’extérieur où elles pourront exploiter autant qu’elles le souhaitent leurs capacités arboricoles (photo 6). La porte de la volière sera ouverte trois à quatre semaines plus tard, permettant ainsi un relâcher progressif dit « soft-release » : la nourriture est toujours disposée à l’intérieur de la cage jusqu’à ce que les jeunes ne reviennent plus. Ainsi, nos petites pensionnaires auront tout le loisir de s’approprier leur nouvel environnement aussi progressivement qu’elles le souhaiteront.

Photo 6: Ecureuil roux juvénile en volière de réhabilitation

Photo 5: Scarlett, autre écureuil roux reçue au printemps 2018