Une martre ressuscitée pour Halloween

Le 13 octobre, nous a été déposée une martre des pins (Martes martes), découverte au bord d’une autoroute d’Ille-et-Vilaine. La plupart des animaux reçus au CEDAF viennent d’Ile-de-France, mais il nous arrive régulièrement des patients en provenance de départements assez lointains suite au retour de congé des découvreurs ; nous sommes alors toujours très impressionnés par la motivation dont font preuve certaines personnes lorsqu’il s’agit de sauver des animaux !

Ce mustélidé est beaucoup plus rarement reçu au CEDAF que sa cousine la Fouine (Martes foina) : contrairement à cette dernière que l’on retrouve très souvent à proximité des habitations (voire dedans !), la Martre est typiquement forestière et par conséquent nettement moins retrouvée par des découvreurs éventuels. Très semblables, la distinction entre les deux se fait généralement au vu de la bavette qui est jaune orangé chez la Martre (photo 1) alors qu’elle est blanche chez la Fouine (photo 2). La tête de la Martre est aussi plus triangulaire et fourrure et muqueuses sont plus foncées que chez la Fouine.

Photo 3 : La martre n°18/5063 à son admission

A l’examen clinique, il s’agit d’un animal très fortement choqué. Ce mâle adulte est incapable de se relever et ne semble pas percevoir son environnement (photo 3), ce qui associé au lieu de la découverte est très évocateur d’un traumatisme crânien. En cas de choc avec un véhicule, les animaux sont très souvent polytraumatisés : le crâne peut être touché, les membres fracturés et les organes internes peuvent être très fortement lésés (rupture vésicale, hémothorax, …). Dans son malheur, cette martre a eu beaucoup de chance car seule la tête a été touchée et aucune fracture du crâne n’est palpable. La radiographie est peu informative sur les lésions du cerveau et c’est un examen par IRM qui permettrait de connaître exactement l’étendue des dégâts ; malheureusement, faute de moyens, nous devrons nous passer de cet examen.

La martre est tout d’abord déchoquée par une perfusion intra-veineuse puis mise sous oxygène, avec des anti-inflammatoires en injection pour limiter le très probable œdème cérébral.

 

Le lendemain, elle est un peu plus vigilante et commence à se redresser (photo 4). Pour la stimuler davantage, on commence à lui proposer des proies entières qui sont une nourriture très appétente pour elle. Elle les consomme au cours de la journée, et le traitement est poursuivi tel quel. Elle commence à essayer de se déplacer mais présente un syndrome vestibulaire, c’est-à-dire qu’elle tourne en rond, toujours du même côté, signe que l’atteinte cérébrale est toujours présente bien qu’atténuée.

Photo 4 : La martre en hospitalisation après 24h de perfusion

Cependant, nous voyons avec plaisir son état s’améliorer de jour en jour jusqu’à cette nuit du 17 au 18 octobre où elle trouve le moyen de s’échapper de sa cage ! Ces animaux très agiles et tout en longueur peuvent se faufiler dans des passages insoupçonnés ! Effectivement, son état s’est grandement amélioré, elle se déplace tout à fait normalement et cherche à mordre les manipulateurs. Voilà qui est rassurant mais, pour éviter tout accident pour elle comme pour nous, la décision de la placer en volière de réhabilitation est prise, ce qui nous permet de vérifier qu’elle est en pleine possession de ses capacités et apte à être relâchée (photos 5, 6 et 7).  Dès le lendemain, elle retrouvera la liberté en forêt (photo 8).

 

 

Photo 8 : Prête à retrouver la liberté