La Bondrée apivore

Nom commun : Bondrée apivore

Espèce : Pernis apivorus

Poids : 360 à 1050 grammes

Taille : de 52 à 60 centimètres

Envergure : 118 à 150 centimètres

Longévité : record de 29 ans          

Habitat: La bondrée nidifie de préférence dans les forêts de feuillus ou de conifères proches de zones plus dégagées – des bocages mais aussi des champs peu entretenus – qui constituent un magnifique terrain de chasse. Si l’on arrive à repérer son nid – ce qui est plutôt difficile – on ne peut qu’admirer le soin qu’elle apporte à sa réalisation à base de branches feuillues destinées à abriter sa progéniture. La bondrée va même jusqu’à remplacer les rameaux au fur et mesure que ceux-ci se fanent.

Régime alimentaire : Si son nom laisse volontiers présumer qu’elle mange essentiellement des abeilles, il serait plus correct d’utiliser le terme vespivore. En effet, la bondrée, grande amatrice d’hyménoptères, est plutôt friande de guêpes et de bourdons dont elle raffole des larves. En absence de couvains à déterrer, elle se rabat sur une variété de petits vertébrés, poussins, vers de terre, insectes et mêmes de baies. La bondrée ne craint pas les frelons, européens et asiatiques, dont elle fait volontiers son repas. Les essaims des ruchers, inaccessibles, ne sont quant à eux jamais pris pour cible.

Photo : © Alain Chapuis

Buse bondrée ou Buse variable ?

Ce rapace, à la belle allure élancée, est très souvent confondu avec la Buse variable (Buteo buteo) à laquelle il ressemble à première vue. Pourtant, tout les distingue, et la bondrée apivore, qu’on appelle aussi « buse bondrée », est finalement plus proche des pygargues. En premier lieu, on différencie facilement leurs vols : lorsqu’elle plane, la buse tient ses ailes plutôt dirigée vers le haut et étale sa queue tandis que la bondrée incline ses ailes vers le bas parfois dans un battement profond. Cette dernière se distingue aussi par son cri sifflé plus mélodieux, aux accents purs.



Tout comme la buse, la bondrée présente une belle variété de plumages aux tons chauds et soutenus – avec une phase sombre et une claire – et on peut observer en vol ses poignets bruns et ses ailes très rayées, bordées de sombre à l’extrémité des primaires. Le ventre est blanc plus ou moins tacheté ou tout à fait brun rappelant la partie supérieure de l’oiseau. Alors que la buse présente des rectrices généreusement barrées, la longue queue striée de la bondrée s’orne de trois bandes foncées, la plus large bordant l’extrémité des plumes.  Plus longues que celles de la buse, ses ailes sont plus étroites, ce qui est également le cas de sa queue et de son cou. Sa tête est plus petite quoique très caractéristique. En effet, on peut y observer une véritable constellation de petites plumes agencées en écailles serrées dès la base du bec jusqu’aux contours de ses yeux d’or. Associées à ses narines en fente – autre signe très distinctif de l’espèce – ces lorums forment une véritable cotte de mailles extrêmement efficace contre les piqûres d’insectes dont elle pille les nids.

Ajoutons, et ceci n’est pas péjoratif, que beaucoup d’ornithologues trouvent que la bondrée a une tête de poule !

Photo : © Jean-Louis Corsin

Une randonnée pour un pot de miel

Si on loue fréquemment ses capacités au vol, la bondrée est remarquable pour son aptitude à la marche. Campée sur ses puissantes pattes jaunes très écaillées aux cuisses fièrement vêtues de plumes rayées, la bondrée avance, longuement, sur les sols peu herbeux, à la recherche d’essaims, de nids à déterrer, de rayons à extraire. Elle s’y emploie méthodiquement à l’aide de ses doigts et de ses serres, ces dernières étant moins arquées que celles des autres rapaces. Elle utilise aussi son bec – les fines narines empêchant également l’entrée de la terre – et on l’a vue creuser jusqu’à 40 centimètres de profondeur pour s’emparer de son butin. Sa stratégie favorite reste encore de repérer l’hyménoptère en vol et de le prendre en filature jusqu’à son nid. A l’occasion, la bondrée ne dédaigne pas la cire et le miel des rayons. Cet oiseau à l’assurance tranquille peut rester de longs moments parfaitement immobile, complètement absorbé par l’observation des environs.ol et de le prendre en filature jusqu’à son nid. A l’occasion, la bondrée ne dédaignera pas la cire et le miel des rayons. Cet oiseau à l’assurance tranquille peut rester longtemps parfaitement immobile, complètement absorbé par l’observation des environs.

Photo : © Rosa Shieh

Le bref de la Bondrée apivore

La Bondrée apivore, comme la plupart des rapaces diurnes, appartient à la famille des Accipitridés. De taille moyenne, généralement brune et rousse, la bondrée n’est visible en Europe qu’à la belle saison, puisqu’elle migre en Afrique, au Sud du Sahara, courant septembre pour ne revenir qu’aux mois d’avril ou de mai suivants. Les rassemblements migratoires sont impressionnants, particulièrement lors des passages de cols et de détroits. A cette occasion, on peut contempler plusieurs milliers de bondrées. Si elle se mêle parfois aux buses variables, la bondrée peut aussi voyager seule et elle survolera déserts et océans en solitaire.

C’est jusqu’en juin que se déroule la nidification, profitant ainsi de l’abondance de larves d’insectes dont sont nourris les jeunes. Le couple – formé pour la vie – se retrouve chaque année dans les environs de la précédente couvée. Le mâle parade pour le vol nuptial en claquant ses ailes au dessus de lui tout en survolant le site. Généralement, quand elle n’emprunte pas celui d’une buse ou d’un corvidé, la femelle construit un nouveau nid.

Les oeufs, de 1 à 3, sont couvés un peu plus d’un mois par les deux parents. Durant les 15 premiers jours suivant l’éclosion, la femelle extrait elle-même les larves et les nymphes des rayons que lui apporte le mâle pour les donner aux poussins. Ensuite, ils apprennent progressivement à les saisir eux-mêmes dans les cellules. La demeure des jeunes bondrées est parsemée de rayons évidés, tandis que les petits vertébrés sont dépecés à l’extérieur du nid par le père. Agés d’environ 55 jours, ils s’éloignent peu à peu du nid mais la véritable indépendance n’arrivera que bien après, parfois une cinquantaine de jours plus tard.

Photo : © Stanislav Harvančik

Des bondrées plein les yeux

La bondrée apivore, représentante européenne du genre Pernis, a quelques voisines non moins fameuses. Parmi elles, citons la Bondrée orientale (Pernis ptilorhynchus) très semblable à la nôtre à  la différence que sa nuque se prolonge d’une jolie huppe. A noter que sa tête ressemble elle un peu à celle d’un pigeon. Plus à l’est encore, la Bondrée des Célèbes et la Bondrée de Steere rivalisent d’agilité, cette dernière vivant aux Philippines. La Bondrée à longue queue et la Bondrée noire sont du genre Henicopernis et vivent en Nouvelle-Guinée, la seconde étant endémique de l’île de Nouvelle-Bretagne. Toutes ces bondrées se sont spécialisées dans la consommation des insectes bourdonnants bien que leur régime puisse varier selon leur habitat s’enrichissant par exemple de serpents. Les espèces endémiques sont menacées par la dégradation de leurs habitats et sont classées vulnérables.

Les bondrées apivores sont protégées. Classées en préoccupation mineure par l’UICN, les bondrées sont cependant déclarées vulnérables sur certains territoires. Elles sont exposées aux chasseurs lors des migrations et subissent la perte de leurs territoires principalement constitués de bocages. A terme, la chute des populations d’insectes sera également déterminante.

Ci-dessus, une bondrée à longue queue (Henicopernis longicauda).

Une patiente très douce pour Faune Alfort

Bien moins connue du grand public, elle est toujours déposée au centre avec la mention « buse » sur le dossier clinique. Cet été, nous avons accueilli plusieurs jeunes bondrées et l’on peut comprendre la confusion. En effet, les juvéniles sont moins sveltes que les adultes, elles sont moins grandes et leur queue plus courte ne porte pas les barres bien marquées que l’on observe chez les adultes. Par ailleurs, leur tête est claire et leurs yeux brun gris, parfois bleutés. 

L’une d’elle souffrait d’une grave luxation à l’épaule et n’a pas pu être réhabilitée. Les deux dernières, arrivées pour de petits traumatismes résultant de collisions, ont été relâchées après leur convalescence. A cet âge, il est difficile d’établir leur sexe. Une fois matures, les bondrées femelles sont un peu plus grandes et la tête des mâles est le plus souvent grise.

A la différence d’autres oiseaux plus nerveux soignés au centre et dont la manipulation peut se révéler complexe, les patientes bondrées apivores affichent toujours calme et pacifisme. Cela dit, elles peuvent elles aussi se montrer difficiles pour manger : l’une des bondrées ne voulant pas goûter à sa nourriture, les soigneurs ont eu l’idée d’y ajouter une couche de miel pour l’attirer, ce qui a très bien fonctionné ! 

Bondrées apivores juvéniles, photos : ©Marianne Ory